Le temps comme déchet

Il y a une dizaine d’années, j’ai lu un livre au nom vraiment évocateur, Un petit coin pour soulager la planète : il parlait des toilettes à compost. Le titre disait tout. Il disait surtout l’aberrante abhorration de l’humain pour ses excréments. Que pourrions-nous donc écrire sur l’ensemble du reste de ses déchets ? L’humain s’occupe de ses déchets comme de ses excréments : c’est quelque chose dont il ne veut pas entendre parler. Il fabrique des centrales nucléaires qui produisent des déchets d’une dangerosité telle qu’on doit leur consacrer des milliers d’années d’attention, tout comme, parce que, tirant une chasse d’eau, il entend bien que l’affaire de son déchet soit définitivement solutionnée. Mais lorsqu’il s’agit de ses excréments, passe encore puisqu’il ne peut pas faire autrement que de déféquer, mais quand il crée sciemment des merdes pour emmerder le monde – j’aurais dû dire « pourrir » le monde, excusez-moi, que penser de ses capacités à ne pas en créer, sinon que peu, et quand il en crée, à trouver une solution qui n’en crée pas d’autres ? Les déjections des usines, quelles qu’elles soient, sont du poison concentré, mais ils sont quand même déversés dans les rivière (l’eau qui est la lymphe de la terre, l’océan étant son sang). Les déjections des usines sont du poison concentré, mais elles sont rejetées dans l’air, injectées dans le sol, stockées ici et là pour tomber dans l’oubli (comme la décharge radioactive de Flamanville, tout dernièrement, ou les « stériles » des carrières de zinc, de chrome, d’or, d’uranium, etc.). Les produits qui servent à produire ces déchets, comme le mercure pour l’or, et autres adjuvants, comme les poches plastiques pour le commerce des marchandises, les bakélites, les huiles et les pneus des voitures, et j’en passe : tout cela se retrouve dans les fleuves et se déverse dans la mer pour s’y répendre sur les plages, dans ses fonds ou se concentrer dans des gires. Les apparaux de pêches (filets, hameçons maintenant en inox, câbles, chaluts, traines, sennes, etc., les navires eux-mêmes) se perdent dans les eaux. Qu’ils tuent, ma foi, c’est de bonne guerre, mais qu’il détruisent, c’est diffèrent. Le bruit est tout aussi bien considéré comme un sous-produit normal de cette production, un déchet qui se perd dans les cervelles, dont on sait qu’elles ont un besoin impératif de silence pour se reposer de leur activité : l’amygdale s’encrasse comme le fond d’un chiotte public, le sens de la musique se perd dans les walkman.

La grande majorité des maladies vient d’une indifférence aux excréments : le choléra, la dengue, le typhus, la peste, le palu, la tuberculose, la poliomyélite, les maladies de peau, tout cela vient de l’eau souillée par les excréments humains : l’humain est un malade autogène ! car il renâcle à s’occuper de ses excréments, et c’est culturel, c’est un des effets de la culture patriarcale. L’épidémie de choléra d’Haïti est due à une mauvaise compréhension du comment doit-on s’occuper de ses excréments, quelle que soit la nationalité de ceux qui chient. Ce bien précieux qu’est l’eau est souillé par une quantité de produits variés et avariés, surtout avariants, de poisons. Mais on s’en moque, comme on se moque de ce que sont nos excréments. Dans ce petit livre qui désirait soulager la planète de la bêtise qui entoure les excréments, on fait remarqué que ceux-ci, immédiatement mélangés à une matière carbonée, perdent 90% de leur nocivité qui provient de l’azote et des bactéries et staphylocoques. Comme pour tout, il faut un milieu de vie, sain pour la vie considérée, pour vivre. Ces bactéries et staphylos vivent naturellement dans nos intestins qui en ont besoin, mais immédiatement mélangés pour créer un milieu qui ne leur convient plus, ils perdent de leur agressivité. C’est simple ! Mais on préfère souiller 6 litres d’eau par défécation, plutôt que d’adopter une méthode hygiénique radicale et efficace. Ces six litres d’eau, qu’on dénomme alors « noires », sont chargés du milieu propice au déploiement de ces bactéries et de ses staphylos et c’est une grande firme (qui est devenue grande parce qu’elle s’est occupée pour les autres irresponsables de l’affaire, jusqu’à se charger de la distribution de l’eau dont elle fait ce qu’elle veut aujourd’hui) qui va la « dépolluer », rejetant pourtant ses propres déchets, sous forme de « recyclage » sur le sol des champs cultivés, avec ses hormones, ses résidus de médicaments, ses métaux lourds et le reste. C’est une affaire juteuse de gros sous dont on doit tout ignorer, comme les tampons menstruels veulent absolument cacher le pratique de la coupe œstrale.

Il en est du temps semblablement : le temps est devenu un déchet. Posons-nous la question du pourquoi les autres animaux ont besoin de si peu d’outils : parce qu’ils totalement adaptés à leur milieu et qu’ils n’en éprouvent pas le besoin, à un ou deux près. Ce qui me fait dire que l’animal humain qui ne se montre que comme un animal technologique, n’a pas réussi à s’adapter à son milieu puisqu’il ne cesse de produire des outils qui complexifient démentiellement son propre milieu. Ce n’est pas pour « transformer la nature » que l’humain travaille, mais pour satisfaire la vue du monde du patriarcat sur la vie. C’est son propre milieu, incluant la manière dont il se préoccupe de ses excréments, et il nous donne un résumé de l’entendement qu’il a du monde, qu’il complexifie et l’incite à considérer une complexification supplémentaire toujours supplémentaire comme solution à son propre problème d’adaptation à son propre monde. Selon sa conformation, on peut comprendre que l’humain ait inventé l’usage du feu et de la pierre, pour continuer par celui du bâton. Son problème d’alors n’était pas la forme paroxystique du manque de communication comme résultat de la domination d’un sexe sur l’autre et, conséquemment, de l’émergence d’une hiérarchie sociale. Dès que cette forme d’organisation sociale est apparue, aussitôt, la technologie est devenue la source des préoccupations, essentiellement guerrière. Du bâton à fouir, on est passé à l’araire et de l’araire à la charrue, etc. avec l’arc et la flèche. L’attirail guerrier et la séparation des militaires du groupe, sont la conséquence, comme le remarque Leroy Ladurie, du stockage des grains auquel il est devenu indispensable de consacré du temps séparé. Et le temps des autres est devenu un déchet dont on pouvait faire ce que bon vous semble, comme celui de l’esclave et plus tard du salarié.

Si des études sont faites sur les déchets, elles concernent ceux de nos ancêtres lointains, pour savoir comment ils vivaient, sans doute avec si peu, n’est-ce pas qu’il serait absurde qu’ils puissent vivre de manière satisfaisante ? Mais ne divaguons point : il y a très peu d’études faites sur les déchets présents. Je me souviens qu’au cours des années 1970, des médecins étaient vilipendés parce qu’ils ne se bougeaient pas les fesses de crier que la radioactivité et la pollution chimiques augmentantes étaient une source de mal-être indéniable. Aujourd’hui encore, pas un seul, sinon sur des détails comme les vaccins, ne gueulent sur la vérité de la destruction de la vivabilité du monde, en eau, air, temps, vie commune. On vient de découvrir une solidarité dans les « greffes fécales » dont il y a des déchets sains et d’autres mortifères. Mais ces études ne vont pas plus loin, car elles remettraient en cause, et de manière radicales, le mode de vie patriarcal – donc le capitalisme est le fer de lance – le mode de vie qu’on nous fait vivre et dont on fait en sorte d’en être le plus totalement possible irresponsabilisé, par l’ignorance, nos actions et nos omissions. Tout dernièrement on s’est étonné, le moment d’un clignement d’œil, de la disparition de plus de la moitié des êtres vivants de la planète en moins de quarante années, jusqu’à aujourd’hui et que la conséquence de ce détail gigantesque est que ce fameux « réchauffement » conduira à plus de quatre degrés au-dessus de la moyenne de la période pré-industrielle : ce qui signifie qu’on va mourir, d’une manière ou d’une autre (on le ferait pour moins que cela), alors qu’on continue de tirer des plans pour aller sur mars, pour faire aller à la vitesse du son un train dans un tunnel sous vide, qu’on calcule le nombre d’OGM sur lesquels il va pouvoir compter pour engranger des dividendes, bref, on s’en moque, car quelques intérêts individuels priment sur le bien commun et que nul n’est capable de montrer son autorité en cette dernière matière, sauf le peuple devant lequel on agite la publicité pour qu’il ne puisse en rien faire… et n’en fasse rien. On lui brandit devant le nez que l’avortement est un crime (ce qui remue son âme fragile), que l’État va augmenter les impôts (ce qui le touche au porte-monnaie), que la dernière marée noire se le dispute à son indemnisation (ce qui le met dans la confusion), que Flamanville a un couvercle non-conforme mais, du fait qu’il est déjà monté et qu’il sert de parangon à une flopée d’autres du même genre, il comprend qu’il ne peut en être autrement que de l’accepter, sinon c’est la catastrophe « économique » pour cette entreprise délirante (ce qui le pousse à un peu plus de résignation quant à ses possibilités de se savoir intelligent, déjà individuellement). Le temps aura eu beau passé, les déchets de ce genre vont sans doute être retrouvés par nos futurs, mais ils leur apporteront aussi la mort, en découverte. Ainsi, on comprend qu’il ne peut pas être entrepris de véritable études sur les déchets du temps humain.

On ne voit dans les films aucun sujet traitant immédiatement des déchets : pour en causer ça en cause en d’énormes quantités résultant du produit de l’action, mais aucune idée de quoi en faire après les avoir provoqués : ils n’apparaissent tout bonnement pas dans le scénario, comme de naturel et on n’en attend pas plus ! Lorsqu’on traite des déchets de l’humanité, il s’agit de zombies – qui sont encore des « esprits », pas des choses – qu’ils faut « tuer », et on trouve alors que c’est un devoir de les éliminer, eux qui ne savent plus ce que c’est que de travailler. Naturellement ces zombies sont des saletés très sales et qui en veulent à votre vie. C’est effectivement de cette manière que les déchets sont perçus dans cette société patriarcale : quelque chose de séparé, qui n’a rien à voir avec « l’humanité » et qui en est pourtant le pur produit, collant comme le piège à grives, dégueulasse, qui se rappelle constamment à vous pour vous dévorer. Comme dans les films de guerre, après avoir produit une immense quantité de déchets, avec grands bruits pour vous faire admettre que celui du monde réel malgré ses klaxons, des pétarades, ses vrombissements, ces moteurs électriques, etc. est ridicule face à la vie de cinéma, l’humanité vaincra ces zombies dont il faudra trouver un moyen de se défaire… une fois morts ; mais de cela, on n’en parle pas, car ils se sont envolés, comme par image, par magie, cet enfantillage à l’âge adulte. D’ailleurs, dans ces films de guerre, où le héros ou la hérelle s’en sortent avec plus ou moins d’égratignures, le soldat est un déchet prédéterminé, prédestiné à en être un, dont on ne parlera qu’après avoir versé quelques larmes, comme le crocodile dans sa rivière, sans camion-benne, ni voiture-balai. Nulle part on ne nous montre comment traiter dans notre société le déchet après l’avoir produit, et cette méthode a transformé notre planète en une poubelle et on se satisfait de ces images pour dire qu’il n’en est pas ainsi, car c’est du cinéma. On avait remarqué que c’est quand le cinéma est devenu la vie qu’elle a été perdue, je dirais plutôt c’est quand la vie y est devenu un déchet indispensable à sa trame que ce déchet l’a submergée, comme un aveu d’impuissance, un mea-culpa qui vous ôte votre faute en vous la mettant devant le visage. L’environnement est le cadre du cinéma, pas une réalité, un décor et pour le déchet, il en est de la vie partout ainsi : la vie est un décor qu’on jetterait une fois l’usage périmé, comme on périme le temps humain au « travail » qui produit ces déchets.

La solitude, par exemple, n’est pas considérée comme un déchet humain alors qu’elle en est véritablement un résultat, le résultat d’une production humaine consistant à séparer les uns des autres ces éléments, dont un des puissants moyens est la publicité : vous êtes obligés d’en passer par la publicité, la plupart du temps contre votre gré, même si cela ne vous intéresse pas ou que vous trouvez cela nocif, on l’incrustera en vous. La publicité est le déchet du temps humain par excellence. La publicité est sans discussion et en tant que monologue, elle est exactement du déchet humain : une hiérarchie indiscutable, à peine désobéissable sous peine d’ostracisme, de non-conformité sociale, d’être considéré comme un déchet, soi-même – très semblable en cela à la perte amoureuse où la dépréciation de soi vaut la poubelle alors que la vie est immense. Pour la publicité, le déchet n’existe tout simplement pas. Elle dissocie la vie de la vie en anéantissant le déchet par omission, en vantant un produit qui est lui-même un déchet, pour le moins présent et en toute certitude futur. La solitude est un déchet humain car, lorsqu’on fait tout pour la tuer, il restera toujours une queue qui frétillera et vous signifiera qu’elle est toujours en vie, comme celle du lézard, alors qu’elle s’est nichée encore plus profond dans la muraille que vous avez construite pour ne plus la percevoir. Ainsi, tout ce que vous faites pour ou contre elle, perd son suc de vérité et dessèche cette baudruche que vous vivez en souffrance du manque de commun. On dit alors que c’est un déchet « valorisable ». C’est comme de se diriger quelque part, la tête tournée vers ailleurs. C’est ainsi qu’on peut, peut-être, comprendre ce qu’est une des formes affectives de la valeur, quand on s’accroche à une chose à moins d’être affectivement perdu, tombant dans l’abysse dont soi seul a conscience, car il ne tient qu’à soi seul… cqfd. La publicité « déshumanise » en monopolisant toutes les affections sur la marchandise ; la publicité est le fétiche de la marchandise, ce en quoi on vous fait croire que la solution est dans la marchandise et qu’on gigote devant vos yeux avides de cette solution devant la souffrance de la solitude ; et du même temps elle sépare, par l’action de ce fétiche, les êtres les uns des autres, augmentant le taux de solitude réel en « créant des liens sociaux » qui vous gavent de publicité. Le déchet se situe dans le fait qu’on ne peut pas faire autre chose, sinon l’impression de solitude s’augmente d’autant : on court vers une solitude « augmentée », comme sa réalité dont vous êtes dissocié.

Lorsqu’on dit que l’humain est né « bon », c’est une manière de dire qu’il était, à sa naissance, totalement adapté au monde et propre à en jouir à satiété avec autrui, puisque la bonté s’y agrège ou n’est pas – ce qui est le propre de la grégarité – (et ce qui ne signifie pas qu’il en était continuellement ivre), bien évidemment et complètement intégré à ce monde, en étant issu et fait pour y vivre, au moins physiologiquement. Pour autant, ce ne sera pas les travers du monde qui le rendront mauvais, mais bien ceux qui doivent s’occuper de lui. On a inventé un dieu du mal pour se déresponsabiliser sur un élément extérieur qui s’immisce en soi. Ce dieu n’existant pas, on a compris qu’on a abjuré avoir été ce mauvais que l’enfant a dû apprendre, luter contre son envahissement, mais tout comme l’eau passera dans ce petit trou, il transvasera sa charge qui confronte au monde, et humain particulièrement, sachant que la confiance à laquelle cette bonté a permis de se donner à ce qu’on recevait, s’est déchiquetée pour devenir, chez certains, une loque qu’aucun mendiant n’irait négocier auprès d’un chiffonnier : la solitude sera devenue parfaite. C’est dans une telle condition que la carapace de la bonté, dans laquelle on sent encore son cœur battre, s’armera et désirera détruire ce qu’elle ne peut plus atteindre… en soi, à l’extérieur de soi, parfois en protégeant sa bêtise de la bénédiction d’un dieu aussi brutal qu’on l’a connu : patriarcal.

Le temps au fil du temps

Le fil du temps n’est coupé que par une seule des trois Parques, et encore, ce n’est qu’individu après individu, car, pour ce qui est du temps en général, elles en font toutes les trois partie (ce qui nous montre la préoccupation des Grecs de l’époque : soi, sa vie à soi, pas même intégrée au temps du monde ; encore que, si on réfléchit bien, cela leur devait être une sacrée contradiction qu’il puisse y avoir et un temps collectif et des temps individuels, dans lequel on doit intégrer celles qui en donnent la mesure : comment mesurer l’infini lorsqu’il ne peut l’être que par des êtres finis, par définition ? Le temps, en tant qu’entité infinie ne peut être défini, et pourtant, nos vies commentent, continuent et finissent !). J’imagine que c’est comme pour les âmes chrétiennes : en comparer le nombres depuis qu’elles existent doit donner du poids à une théorie qui voudrait y prendre appui pour embraser le monde, et le nombre de ficelles de vie que nos couseuses et découseuses ont entre les mains sans que l’une ou l’autre ne se trompe, donne une sorte d’espace, un volume de l’imaginaire qui, néanmoins, ressemble fort à ces supernovas qui pèsent un âne mort alors qu’elles ont la dimensions d’un petit pois… imaginaire, cela va sans dire.

C’est une problématique humaine de ne pas donner le poids de la dimension des choses qui traversent sa pensée. Et personne ne trouve rigolo de remettre sur l’atelier l’ouvrage de la compréhension de son propre monde, même à travers ce qu’on perçoit de notre environnement en nous servant de nos sens. Le temps qui passe au fil du temps est une grave énigme : j’en vois plein qui veulent la remplir, de n’importe quoi, pourvu que ces, j’allais dire : gesticulations remplissent le temps pour l’oublier. Je sais que cette énigme ne sera jamais, mais jamais de jamais, résolue, mais c’est vraiment amusant de courir à sa solution : le fil du temps ; et quand je parle de ce fil, je parle de moi qui le dévide, je parle de nous qui le dévidons en le vivant. Nos trois Parques ne savent faire qu’une seule chose chacune et la font depuis la nuit des temps (la Nuit a engrossé le temps pour lui donner à être, selon elles), sans s’en lasser, sans s’embrouiller et avec persévérance. Celle qui a le plus de liberté est celle qui coupe les fils, car il me semble qu’on ne sait pas quand elle va le couper, ce fil, ce qui lui donne un pouvoir sur nous. On pense aussi qu’elle non plus ne sait pas quand elle va ou doit couper tel fil en particulier. On pourrait dire comme je ne sais plus qui : « quelque fois, elle coupe par paquet » dans les guerres, les famines et les épidémies. Mais la véritable question de la simultanéité de deux ou plus morts, n’a pas vraiment été établie, car personne ne s’en est préoccupé, laissant sans doute ce sujet à un autre de crainte que vous n’excitiez celle qui est plus forte que vous, ce qui fait qu’on reste dans l’expectative d’une réponse sur ce cas précis de la scolastique parquienne.

Ce que j’aime dans ces belles peintures, ces beaux tableaux, outre la qualité des formes et l’agencement des couleurs et leur choix, c’est justement cette graphie du temps comme posée sur la toile, tandis que nous qui la regardons, faisons défiler celui que l’artiste a voulu nous donner à vivre. L’époque importe peu, ce qui nous charme est cette faculté de cette représentation : nous nous y retrouvons, car nous sommes le temps, ici rendu « intemporel » et cela nous transporte dans cet espace quasi charnel d’une relation entre nous, l’artiste et moi et vous et nous. Il y a beaucoup de bords d’eau, beaucoup de bosquets, des fleurs, des nues, dans un cadre et ses limites. L’art consiste à transporter dans la toile, à basculer votre conscience du présent, comme une prise de judo. Mais je me demande si nous sommes nombreux à voir dans ces images du temps vivant, enfin… pour nous, humains ; les autres animaux n’ont que faire des images. La musique les intéressent, mais les images, non. La plupart des gens ne voient que des couleurs et des formes. Ce qui me faire dire cela ? Si la notion de la densité du temps était de manière plus étendue de son dais sur notre humanité, on ne chercherait certainement pas à en faire du salariat, par exemple. C’est clair : transformer du temps en « marchandise » est vraiment une idée de débile et, on s’en doute, la débilité ne permet plus d’en percevoir l’existence. Ou bien, si on cherchait à en faire de la valeur, on se révolterait immédiatement contre une chose aussi idiote, aberrante et abjecte. Beaucoup sont morts de ce refus, car le choix qu’on leur laissait n’était plus que l’esclavage. On parle de la tuberculose du XVIIe siècle comme d’une maladie, mais, finalement, elle peut très bien être un refus de vouloir plus longtemps vivre ce qu’on imposait aux classes « laborieuses » de l’époque. Et ce n’est certes pas la vaccination qui a amélioré l’affaire, mais bien la nette amélioration des conditions de vie de ces gens déjà anémié par la soumission aux exigences du salariat, qu’a entreprise de confectionner le patronat pour conserver ses ouvriers : vivant dans un milieu plus frais, la révolte par abdication ne paraissait plus aussi importante. La vie est vigoureuse !

Dans cette transformation obstinée de l’organique en minéral (en temps qui passe en argent), on retrouve la même chose que de faire la teigne avec son voisin, pareil : refuser toute tentative de compromis sous prétexte qu’on y perdrait, alors qu’on sait qu’on veut en imposer pour le plaisir obscur d’avoir le pouvoir de sa méséance sur autrui, le faire caguer en somme, parce qu’il vous énerve avec la liberté qu’il a de revendiquer sa liberté alors que vous ne voulez pas vous avouer larbin là où il ne veut pas aller ; en fait, là où il ne va pas : la manière de vous compromettre, uniquement cette manière mièvre de recevoir sa paye que vous n’avez pas même eu le loisir de négocier, car elle vous a été imposée sous peine de ne pouvoir pas la percevoir. Lui ? il s’en fout, c’est un aristocrate du prolétariat et comme tout aristocrate, il finira au bout d’une pique parce qu’il ne veut pas travailler. Et ça, c’est énervant pour un salarié : vous qui avez si peu de liberté, de temps à filer pour le temps, vous voulez castrer celui qui vous la fait miroiter (contre son gré, bien entendu) et qui vous attire comme l’éphémère éblouit crépite et flambe sans profiter de rien, encore moins la beauté de son geste. C’est un fainéant, le temps ne lui brûle pas les moustaches (et si cela lui arrivait, vite ! une mousse !) alors qu’on voit bien qu’il vit, qu’il crée, qu’il invente. On ne sait pas ce qu’il invente intellectuellement, mais on est obligé de visu de constater qu’il crée en inventant, et que ça semble trop facile, parfois, pour que ce soit honnête ! Et puis, cette manie qu’il a de venir vous voir quand la langueur du bruit que vous faites de l’usage de vos outils, si longue, si tenace qu’il lui semble qu’il doit y avoir un absurde dans la méthode, pour vous inciter à le cesser, alors que vous, vous êtes en pleine création. C’est agaçant de devoir toujours créer en faisant attention aux autres, non de non : qu’il aille au diable ! Quel compromis faire avec cet emmerdeur : vous ne pourriez plus rien faire, si on l’écoutait ! Le salarié refuse toute l’évidence de son environnement, que ce soit à son « travail » ou dans ses loisirs. Je ferai un papier sur la manière dont il s’occupe de ses déchets, de ses excréments dont il se désintéresse avec l’aplomb d’un dessinateur de bande dessiné : un trait d’esprit suffit pour résoudre un problème, sur une feuille.

Quelque part, je me demande si je ne suis pas autiste, tant je me sens hors du cadre (autiste se dit « takiwatanga », qui signifie « son propre espace-temps » en maori). Et dans ce cadre, c’est vrai que je dois être chiant. Cependant, ce temps que je file en l’étirant au gré de la tension du moment, je le cherche le plus inoffensif possible sur la matière qui n’est pas humaine. Ce qui fait l’humain, c’est ce qui réalise l’humain et ce que l’humain réalise. Le travail, à fortiori, le salariat ou ce pitre de cambiste ou de banquier, sont, selon moi, l’inverse : c’est une nocivité pour tout ce qui n’est pas humain, principalement, car l’humain est ici réduit à ce petit pois dont je parlais tout à l’heure, mais rempli, cette fois, de vide : le temps de la valeur, valorisé, le fétiche de l’image, lui le mage du fétiche. Si l’humain s’immisçait dans sa vie, sa propre vie, il verrait qu’il est loin de refléter l’image qu’il se fait de lui-même : misères (affective, sociale et sexuelle comprises), pollutions, destructions du vivant, radioactivités, et j’en passe ; ou bien le miroir est très très sale et que cela dissimule, même si on bouge la tête pour mieux voir, cette très mauvaise image de soi. Le souffle de la bonté et le chiffon de la détermination pourrait balayer ces meurtrissures, mais cet animal à images reste dans ses images, tandis que le monde s’écroule autour de lui à cause de son action sur lui, toujours destructrice. Ma morale m’incite à penser qu’il devrait apprendre à faire de la musique et à ce que ses enfants puissent danser, au lieu de les amener à l’école. Il préfère remarquer, dans un haussement d’épaules, qu’il n’est pas à la hauteur de ses ambitions, comme on voit une algue flotter sur l’océan sur laquelle votre curiosité s’est posée, comme une libellule sur un roseau, alors que vous craignez de vous mouiller pour la satisfaire.

Je vois que je suis souvent dans le reproche : qui pourra me le reprocher ? J’ai dû construire mon monde, comme un enfant et depuis mon enfance, sur des ruines humaines, des bribes de bonté, des fétus d’amour, des fragmentations de sexualité, du chocolat pas toujours au top, et du bruit, beaucoup de bruits affectifs, sociaux. Comme la société se coiffe, elle fait sa frange.

Le temps qui passe temps

Le temps qui passe est l’aspect humain le plus improbable. J’ai observé des animaux d’étable qui disjonctaient du présent, le museau relevé et les yeux globuleux, comme perdu dans un ailleurs. Leur notion du temps qui passe doit certainement être différente de la nôtre, mais en quoi ? L’humain, rigide surtout, ne sait pas quoi faire du temps qui passe, il lui faut toujours faire quelque chose, même si cela détruit autour de lui ou en lui. Pour certains, il faut laisser une trace sur terre, pour d’autres il faut savoir se rendre utile, pour un troisième, il a la bougeotte. Et, précisément, c’est une forme d’inquiétude qui gratte les fesses du temps qui passe chez le rigide. Il n’y a que quelques personnes qui peuvent laisser le temps passer, et souvent en état d’ivresse dense, dans laquelle l’être-là est l’être-soi en toute quiétude. Personnellement, j’ai toujours apprécié le temps-là, celui qui coule dans mes veines et dans le frisson de mes nerfs et que je ressens au plus près de lui, dans l’instant le plus étroit possible. J’ai alors une sensation de vie, souvent fugace, qui me remplit d’aise. Mais pour cela il faut boire, parfois, beaucoup, beaucoup plus que n’en peut surprendre un bourgeois ! Ce temps ressemble au temps de la musique, dont la caisse est soi, la perception les cordes et le temps l’archet dont on sait qui le frotte : vous !

Les aspects les plus douloureux que j’ai eu à voir vivre du temps est celui des « handicapés profonds » : ils se balancent le corps ou bien la tête, ou ils se cognent longuement. C’est comme si la charge du temps s’était imposé un bât qui en limitait les résonances dans un geste duquel on décèle pourtant un contre-gré car, aidé d’un peu de ruse, il est possible de le leur faire oublier un moment. Mais, ils restent ébahis de cette éventuelle césure dans laquelle ils se sont introduits et on se voit confronté à un vide contenant une question qui ne se laisse pas contourner avec lumière. On se demande si la personne lit dans vos yeux le désir de la sortir de cette situation, de vouloir y collaborer, mettre sur pied une méthode à laquelle il lui faudra tout de même adhérer, sans obligation d’achat, mais souvent on la voit être rejetée comme une importune. La ruse la plus adroite est de faire comme de si n’est rien, ça les interroge et vous pouvez capter l’étincelle de la communication, aussi fugace soit-elle. Cela apporte du plaisir, mais on ne veut pas en rester là : il faudrait que cette escarbille enflamme un amas doux d’amadou qui consumera ensuite le chêne du temps dans toute sa splendeur dans une brasée gigantesque de son âme et du temps frétillant. Mais on en est loin, très loin ! aussi loin que d’ici à là-bas ! ce là-bas qui les disperse comme la cendre le vent. J’en avais rencontré un qui marchait toujours les jambes serrées, comme s’il voulait éviter continuellement qu’on tente de lui toucher les organes génitaux. Tous ces gens ont été sensuellement agressés, dans leur centre fort de leur château fort, et ils tentent de l’oublier tant la douleur a été puissante, jusque à la dissociation de soi dans ce qui unit l’extérieur et l’intérieur. Et on n’est devenu plus qu’intérieur sans plus aucune notion du temps qui passe. Le temps est contracturé dans l’organisme et ne respire plus, par la perte de son élasticité, sa crispation continue. Il y a un phénomène corporel qui correspond à cela : la glycation ; et Wilhelm Reich a découvert la cuirasse caractérielle.

Mais plus difficile est encore de faire entendre le temps à celle qui se chie dessus, s’enduit de ses fèces le corps, les murs, la nourriture, et le reste. Je ne me suis jamais posé la question de sa vulve, tiens ? Je n’en ai pas le souvenir de l’avoir vue souillée à l’entre-jambes… Elle hurle, elle crie si on la touche, elle devient une furie si on tente de la stopper en quoi qu’elle fasse, si on veut la doucher pour qu’elle se sente plus fraîche. Elle est jolie et elle est folle. On ne peut aider ces personnes que par le contact : il faut qu’elle retrouve un contact des yeux, le doux contact des yeux doux, avenants, gentils, avec le monde pour qu’elles égarent un moment le leur avec quelqu’un d’autre : le contact ne peut s’établir qu’entre deux êtres, pas un être et un cailloux. Et c’est qui en est conscient qui va aider celui qui en a perdu la conscience. « Où qu’on la place, la frontière du connu est aussi celle de l’inconnu » ai-je dit à cette époque.

On mesure la perte de temps que ces gens vivent, mais on le mesure mal : pour faire un tapis, il faut certes une trame et une chaîne, mais il faut aussi un dessin et une personne dont le dessein est de faire un tapis. L’habileté à laquelle j’aimerais plus que tout arriver, est cette faculté d’avoir la possibilité de trouver le jeu pile-poil pour attirer un instant l’attention de ce temps figé vers un autre dont on ne sait rien et qui est mobile, certainement fluctuant, fréquemment social, grégaire. Les règles de ce jeu seraient telles qu’il pourrait n’y en avoir pas, à ceci près que pour jouer, il faut être deux, à moins de jouer avec soi. Mais, nous, on sait jouer avec soi, tandis que le temps sclérosé ne sait plus jouer avec soi, il en a perdu la possibilité ! Ce mouvement figé perpétuel que la fatigue n’atteint pas, nous montre que cette capacité de jouer avec soi est évaporée, comme l’éther sur la main : en laissant un froid. En imitant, on ressent ce que l’autre ressent, de plus ou moins loin. Ce balancement anesthésie une partie de la cervelle (j’appelle le cerveau cervelle : on mange bien celle des agneaux…) et le temps que vous consacrez à cette activité vous permet de ne pas ressentir ce à quoi cette partie du cerveau s’occupe. D’ailleurs, on peut très bien dire que ces gens ont une préoccupation… comme dirait Devos… qui les préoccupe en tout. Dans la vie courante, on voit beaucoup de personnes qui ont une ou deux préoccupations, une généralement. On trouve cela socialement acceptable. Pour les nôtres, elle est si pesante qu’elle entraîne tout le fonds avec elle dans l’abîme de l’insensation.

L’insensation, la pire des choses qui puisse vous arriver ! et vous êtes dedans, sans le savoir, évidemment. Quelque soit la sensation odeur, ouïe, temps, goût, amour, colère, poids, arrêt sur image, on aime sentir. On aime sentir qu’on sent. La passion possède encore cette faculté de prendre le temps en toute sensation. Peut-être existe-t-il deux types d’handicapés profonds : ceux qui veulent sentir mais n’y parviennent pas, et ceux à qui sentir est si douloureux que la mémoire s’obstrue ? C’est ici extrême : dans le cours de la vie, bien des gens se dissocient de leurs sensations par abdication contre elles qui deviennent intolérables ou trop puissantes par rapport à ce qu’on sait en accepter. Comme je l’ai noté, le bruit est l’une d’elle, mais l’odeur de l’endroit où on vit aussi : à quoi sont donc-t-ils rendus ces êtres qui vivent dans l’odeur des taudis ? ou qui ne savent plus prendre plaisir à se rafraîchir ? et sans éprouver de colère d’en être rendu là, sinon qu’un pipi de mouche ? Car la folle qui se profanait s’avilissait avec colère, elle ! et elle était enfermée, heureusement avec une protection pour sa santé dans l’espoir qu’elle réintègre le pouvoir un jour d’atteindre une perception de soi plus calme.

Je lis, aujourd’hui, dans le journal que la moitié des êtres vivants de la planète ont disparu en quarante ans (ce qui signifie qu’il n’en reste plus qu’une demie partie) et on a constaté que la population humaine a doublé dans le même temps. J’ai pensé que cette dégradation du monde avait débuté lorsque l’esclave était devenu salarié, mais je me suis trompé : c’est bien après, sans doute comme conséquence de cette « libération » d’il y a quarante ans : le progrès a cessé le 13 mai 1968 pour les plus optimistes, à la mise en route de la centrale de Enrico Fermi, pour les plus conscients, le 2 décembre 1942. Vous n’allez certainement pas penser que je pense qu’il vaut mieux être esclave pour sauver la planète plutôt que salarié, j’espère, car je pencherais plus pour une responsabilisation de ce salarié (puisqu’il est là, ici et maintenant la cause de tout ce qui arrive) de sorte qu’il comprenne rapidement qu’il doit cesser de l’être, et surement pas pour un retour à l’esclavage, comme on tente de nous le faire penser tous les abrutis du monde. Le salariat est probablement une grande source d’insensibilisation au temps qui passe, mais surtout une insensibilisation remarquable pour ce qui est des sens en général : la douleur et sa fréquente présence nous apprend à surseoir à tout ce qui est important, tel que le raffinage de cette sensation de ressentir le temps passer par un soi et un nous. Le salariat insensationne formidablement sur toutes ses conséquences (je dis « toutes » comme notion des nombreuses variétés de ces conséquences, pas uniquement comme total) de son activité, absolument toutes ; celles dont on donne les détails sont faites pour oublier les autres, pires.

Pourrais-je y tordre le cou maintenant, que je me sacrifierais pour le faire tout de suite… oui… mais, je me rends compte que ne suis pas seul et à quoi pourrait servir de tordre le cou du salariat si personne d’autre que moi n’en comprend le nécessaire et l’indispensable ? Tous s’y remettraient à la seconde, comme une goulée d’air frais qui serait venue à manquer ! Il faut se rendre compte que le vide que laisserait la cessation inconsciente, imposée et immédiate du salariat (qui impliquerait celle de la marchandise, sans doute de son fétichisme, pourquoi pas de l’argent, du travail et même de cette étrange notion actuelle de « valeur ») ferait un tel bruit, un si grand bruit par le silence soudain qui adviendrait, que la frayeur étreindrait le cœur pourtant solide de plus d’un, couperait les jambes des plus hardis et les jarrets des plus agiles, sans entraîner avec lui les cris des égarés ou de ces zombies qui ont cessé de travailler pour venir, tout retournés, vous sucer la couenne ; un bruit assourdissant de silence : plus de diésel, de 50 Hz ou de 400 kHz, de moteurs à explosions, de contact satellite et j’en passe : le silence radio, comme on dit à la radio. Je ne peux garantir la tenue mentale de tous dans de telles conditions : vous voyez tant de gens avec des oreillettes dans les oreilles ! tant de gens assis devant un écran de télévision, sans qu’ils se rendent compte que si le monde est devenu si bruyant (et dont ils se cachent le bruit par les moyens qu’il propose pour perdre en audibilité) c’est parce qu’ils ne l’écoutent plus ? et qu’il peut faire le bruit qu’il veut, indépendamment d’eux, sans sourciller. Si chez nos gravement préoccupés, il ne leur est pas loisible de faire autrement, chacun de nous peut écouter le monde et le réduire à une sorte de silence organique et non plus dominé par le minéral, écrasé par l’activité du minéral de sorte que la coulée du temps se reflète dans ce verre de rouge sous cette tonnelle de chèvrefeuille, par une journée ensoleillée et choisie, comme se sont choisis les présents de ce moment-là.

Le temps de temps en temps

J’ai parlé dernièrement du bruit… mais il en est de même du temps : le temps social est un temps quasi rigide, tandis que le temps humain passe du simple au décuple. C’est le temps qui permet la perception de choses et des émotions, et sans temps, il n’y a rien qui se passe. Mais l’autre moment où rien ne se passe, c’est quand le temps est rigidifié, par un autre temps, le temps marchand, peut-être, mais un autre temps.

Et cet autre temps qui rigidifie le temps humain n’est pas si facile à définir. D’abord il faut admettre qu’il existe, c’est la condition primium, quoique gratos. Comment se rendre compte du temps qui rigidifie le temps humain ? Il y a comme une attente, déjà, dont l’autre temps doit prendre en compte pour passer, une sorte d’ordre où l’imaginaire primerait sur l’organique. Qui donne cet ordre ? Quelqu’un d’autre que soi, même lorsque c’est soi qui s’en donnons l’ordre : l’obéissance passe par une rigidification du temps (au point que, parfois, il en devient arthritique). Bien évidemment, pour un humain, attendre fait parti de ses gènes : sans attente, il n’est pas humain, pour une bonne part. C’est en différant ses objets que l’animal devient un animal humain et une telle disposition est génétique. Mais alors : en quoi une attente différencie-t-elle une autre pour que l’une devienne nocive ? et rigidifie l’autre ? C’est amusant cette question, non ?

Il y a certaines substances naturelles qui modifient la perception du temps, on le sait et si le cannabis n’a pas la notoriété du vin, c’est que cela ferait scandale qu’on osât supprimer cet appareil à modifier le temps, en toutes circonstances et en tous lieux, avec qui on veut comme n’importe qui. Et imaginez un peu si vous vous trouviez tout à coup indépendant du temps salarié ? Une sorte de détente résonne alors, et on rit. Nous vivions précédemment dans un temps rigide, et tout à coup, il se détend, il devient (on le dit !) élastique. Mais que cela signifie-t-il : élastique ? C’est qu’on perçoit qu’il n’a pas la même densité, qu’il vous échappe parfois, et il fait quelques fois preuve d’une telle vigueur qu’on a l’impression d’y nager, de le toucher, de le voir passer sans fin possible avec autant de félicité, ou d’amertume.

Et, finalement, on pourrait dire que le temps rigidifié, c’est le temps qui ne sait pas attendre, un temps dont on sent qu’il doit passer, même contre son gré. Un temps de force et un temps forcé. Savoir attendre… je l’ai lu plusieurs fois chez des auteurs très différents : Sun Tseu, Debord, Wilhelm Reich, et même Freud, c’est possible. Savoir attendre. Savoir attendre quoi ? le moment vécu. Et pour ce moment magique, il faut avoir de grandes oreilles, de grands yeux, un nez fin et curieux, il faut être attentif au temps qui passe ! Et un temps rigide a bien du mal à percevoir toutes les subtilités d’un temps qui passe : il est rigide. Et sa rigidité lui donnera des conclusions partielles, bien évidemment, morcelées et même fragmentées.

Il faut posséder et être possédé par un goût pour le temps pour vivre le temps qui passe. On comprend tout de suite que de travailler ne peut pas donner un résultat correspondant à une telle consécration de son temps à une telle activité. On ne peut travailler et vivre le temps en même temps, ce n’est pas possible ! Vous allez me parler des gens qui ont choisi leur travail. C’est pareil : ils doivent gagner de l’argent. Bon, j’espère démontrer un jour que de vouloir gagner de l’argent c’est perdre son temps, mais il faudra être patient.

Une piste se présente à nous et nous indique peut-être une direction à prendre pour ne plus perdre son temps, surtout quand on cherche à le gagner. C’est-à-dire, gagner de l’argent : on passe son temps à gagner de l’argent et parallèlement on n’est pas si satisfaits que ça. Il y a un déchet de temps quelque part et on a du mal à en retrouver les traces, ou la trace. Mettez deux personnes dont une sous une grosse pluie, avec une feuille de bananier pour protection et une autre à fumer une pipe au coin d’un feu alors que souffre dehors le blizzard. Laquelle des deux vit le plus ? Aucune : elles vivent intensément autant l’une que l’autre. Car elles sont toutes deux dans un moment et suce le lait du temps. Mais une attitude d’esprit peut aussi donner quelque chose de plus catastrophique – bien qu’ici il ne s’agisse que d’une situation imaginaire dont on peut profiter pour un bon moment – et cette attitude verra l’un en train de trembler de peur, grelotter de froid et frissonner d’impatience, tandis que l’autre revient du boulot et qu’il lui est indispensable cette courte travée dans le temps pour (se) récupérer, sinon son désir de se fondre dans le total lâcher-prise est (parfois) d’une puissance telle qu’il n’y retournerait pas le lendemain pour ne pas avoir à revivre, le soir venu, cette « valse-hésitation » entre le bien et le mal pour se résigner, finalement, au mal. Le temps n’est par contre pas vécu pareillement, ici et là. Malgré tout, la personne sous la pluie y est encore, alors que celle dans on fauteuil y est, certes, mais ailleurs. Et tandis que l’une attend un meilleur, l’autre ne maudit que le pire ! Moi, ça me fait ça quand je me suis disputé avec quelqu’un, quand j’ai dû imposer par la force quelque chose de légitime et que j’ai dû pour cela être violent : cette impression de déplaisant se poursuit sur deux ou trois jours.

Nous parlions des gens qui avaient choisi leur manière de passer le temps pour en faire une satisfaction, mais l’immense majorité de nos contemporains n’ont absolument pas eu l’offre de ce choix, et ils sont, je dirais… 3 pour mille, oups : un sur 3 pour mille. Et puis, prendre son temps pour le bon moment, ça ne marche pas toujours, loin s’en faut et il y a souvent des blancs, comme on dit en radio, autrement plus prégnant qu’un accident de culotte sur la Croisette et plus proche du flop. Et tous ces gens, ce sont eux qui déterminent matériellement la traversée du temps par celle, générale, qu’ils passent au salariat, la transformation du temps en argent. Cette transformation, on le sait depuis Karl Marx, ne s’opère que par un intermédiaire, gros, grand fort, faible, libineux, vierge, puceau, boiteux, cul-de-jatte, en charlie ou en costard, blanc-jaune-noir-vert, l’être humain qui se porte à son poste de travail. Qu’importe le travail, qu’importe l’argent : cette qualité du temps transformée en quantité figée, est uniquement le fruit de l’humain salarié que ce temps transforme en argent.

À cette question saugrenue : « Le temps peut-il être quantifié ? » ne vient que la réponse : « Comment cela a-t-il pu bien advenir ? ».

Je n’ai pas eu à le confesser, je suis assez fainéant ; cependant, cette fainéantise a des limites : dès qu’elle me casse les couilles, je m’énerve et je fais n’importe quoi. Il ne peut en être autrement ! Bien sûr, je préfère faire quelque chose qui me passionnera que n’importe quoi, laissez-moi le temps et je vous le montrerai. Quand on est jeune on mange du raisin vert, on comprend vite qu’on ne devient pas vieux en le goûtant mûr. J’aime bien ne pas donner du pain à manger aux cygnes, car quand ils passent devant moi, je peux les regarder sans qu’ils me quémandent quelque chose ; un cygne qui passe, c’est joli, c’est gracieux, c’est élégant et chacun a sa manière : le mâle, la femelle, le cygnon. Bon, je ne dis pas que ces animaux manquent d’élégance quand ils mangent du pain, mais dans ce cas, ils ne passent pas devant moi et je n’ai pas cette occasion de m’émerveiller de ce qu’ils sont. Et puis, je suis peinard : si vous commencez à les nourrir, vous n’en avez pas fini ! On ne nourrit pas les animaux sauvages, on ne cherche pas à les humaniser : chacun sa place, dans ce cadre et chacun en jouit.

Éviter de sentir le temps passer est aussi une attitude caractérielle, au sens de Wilhelm Reich : chaque caractère a sa manière de vivre le temps, d’une manière rigide qui lui est propre et reluisante. Et à chacun, cette société patriarcale pourvoit une possibilité d’en trouver une en bonne adéquation avec le contour de cette pièce de son grand puzzle, dans la panoplie de comportements qu’il propose. Ça crisse un peu, parfois, parfois ça rouille, mais on ne sort pas des gongs et c’est ce qui nous satisfait le plus : ne pas en sortir. On évoquera le plus facile : les maniaco-dépressifs, mais tous, chacun a sa manière propre et dûment répertoriée de passer le temps. Cette personne a un vécu, auto-prédétermininé, une sorte de sauvegarde contre la noyade du temps qui passe, sentir trop dans ses tripes de devoir passer le temps sans avoir de compas de crainte de s’égarer là où il y aurait, de toutes façons, un pire. Si le cinéma marche si fort, c’est parce qu’il propose des sortes de solutions sur les problèmes que peut poser la rencontre d’un caractériel (il bande encore un peu pour sa femme) et d’un psychotique (il ne bande que sous conditions et c’est difficile). Même dans les « Transformers », encore que le héros se range du côté psychotique léger et qu’on se demande ce que cette jolie jeune fille fait avec ce mec, sinon qu’un amour commun pour le minéral dont on extrait des paroles, des caractères, des bons et des méchants. Le psychotique, à de très très rares exceptions près, est le méchant et il meurt à la fin… c’est déjà ça. Encore que les facéties sexuelles d’’un James Bond sont de la pure rhétorique. Je n’ai pas visionné la fin de Transformers, le dernier, mais je ne puis que m’incliner sur les caractères qui vont donner leurs sous à de telles entreprises de satisfaction. Quelle satisfaction ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Il est au moins protégé le pacte respectant le fait que le minéral est dépourvu de sexualité, bien que chacun des caractères soit précisément la description d’un anéantissement d’icelle. On ne voit pas la jeune fille flirter avec une mécanique, encore qu’il aurait sans doute un effet masturbateur à exploiter ; ni les mécaniques forniquer les unes les autres. Le minéral n’a donc pas de sexuation : comment peut-il éprouver des émotions ? Quelle est sa notion du temps qui passe ? Cette sensation trouve-t-elle parfois des moyens de s’augmenter, de vaquer dans des paradis artificiels et pourquoi la vie n’arrive-t-elle pas à combler un tel ennui ? à combler le vide du temps qui passe sans amitié profonde, simple, égale ? Le minéral éprouve-t-il l’ennui ? De toutes ces questions, si elles transparaissent comme en filigrane, ne fondent pas, ou de loin, le pesant de la trame qui se mêle à une chaîne d’idiotie pour ce tissu de cauchemar. Le truc de ces machins, c’est de vous faire penser à ce que vous n’avez pas pensé car cela ne présente pas de toute matière à penser. Mais, comme tout ce qui est humain contient une part d’histoire, qu’on ressassera de-ci de-là, même de pure bêtise, elles occuperont votre temps, sans que vous vous en aperceviez. Et cet espace assez exiguë, finalement, de la pensée consciente, orientée et volontaire, n’a plus de place à laisser à d’autres questions, plus concernées vis-à-vis du temps que vous vivez, immédiatement. On vous apprend, durant deux heures, « à attendre la suite », comme disait Debord du spectateur, immobile, dans le noir et les bruits, entourés de voisins dans la même situation que vous : les yeux sur un écran où passent des idées-images se succédant les unes aux autres, dans une logique telle que cette bouillie est ce que votre cerveau attend pour s’en nourrir. Loin d’être un oubli dans l’imaginaire, c’est un imaginaire de l’oubli du temps… que vous avez à payer, bien sûr. La jeune jolie jeune fille nous montre ce qu’est que ce donner à une cause soulevée par l’amour. Le mec est plutôt dans une sorte de solidarité parce qu’il a compris de quoi il retourne. Les militaires (ici, je le souligne, plutôt une bande de briguants déguisés en milice, quoi que, comme tous militaires, recevant des ordres d’en haut-lieu, à la manière de nos flics qui progressent dans leur encanaillerie de s’autonomiser de toute loi pouvant restreindre l’ampleur de leur mouvement répressif) toujours à côté de la plaque, je ne saisis pas les bons et les méchants dans les mécaniques et je n’en déplore pas l’ignorance. La jeune fille (j’ai été 10 mn avant la fin) restera une potiche, pseudo-maternante, une sorte de Sainte Vierge à qui on a non seulement pas octroyé d’éprouver le frottement de la copulation, mais aussi d’être grosse sans plaisir.

Le temps qui passe est un temps qui respire librement ; le temps du salariat, selon la respiration de la pointeuse. Il faut y penser.

 

Dans le bruissement léger de ces feuilles brouillonnes

Dans la nature, le bruit change constamment, de l’heure, de la semaine, du mois, de trimestre, du semestre, de l’année, tout le temps le bruit, dans la nature change. Les bruits humains sont invariables, sauf pour la musique, encore ! Et ce qui me gène dans le bruit humain, c’est que je ne peux pas écouter le bruit du monde. Le bruit humain est fort, celui de la nature est doux. Bien sûr il peut être strident, mais pas comme celui de l’humain : je pense aux sirènes de la police, des pompiers (ha! ceux-là !) du SAMU et des ambulances. Non de non, quel bruit ! Comment a-t-on pu tolérer l’invention d’un tel bruit ? Il a dû y avoir un « État d’urgence », sans aucun doute, pour qu’une telle insanité auditive ait pu trouver naissance et pour défendre contre quelque chose de très très grave et non pas ces balivernes de terroristes modernes. Il y a 350 morts par noyade en piscine par an et 375 personnes mortes, en cinq ans, trucidés par des fous furieux. Je peux préjuger de la détresse du maître-nageur placé devant le mort, mais quelle est celle de qui dans ce cri de sirène ? Elle est où la tristesse de nos temps terrorisés ? Dans notre séparation. Et j’y pense, ces sirènes sus-nommées, me font penser à la séparation dans sa pire détresse. Qu’elle est la noyade qu’on veut cacher derrière une telle détresse ? Que signifie en tristesse et en détresse un tel bruit ?

C’est là une belle question : notre détresse c’est notre séparation, notre désintégration à un commun auquel notre ensemble donne vie. Et cette matière à laquelle nous donnons chair est notre joie, l’anti-tristesse. Ho ! moi je suis un peu vieux, je ne vivrai certainement pas cela, mais je souhaite de tout cœur que l’on puisse vivre un tel moment, plus long que les piètres milliardièmes de seconde que nous en vivons présentement, ce qui donnera l’occasion de jouir de la vie plus longtemps ensemble. Aujourd’hui il est malaisé d’imaginer cet état dans lequel nous serons à ce moment-là, les quelques messies qui ont rapidement passé le demi-siècle dernier n’ont laissé qu’une poussière de leur passage, de laquelle on peut y voir, en s’en approchant pour mieux s’y pencher, les étincelles qui brasillent encore intensément. Le vent de leur farce rugit encore dans des mémoires vives. Beaucoup n’ont laissé aucune trace de ce passage furtif que nous vivons ici et qu’une seule fois, mais comme le carbone d’un feu historique peut se retrouver dans les argiles des foules, on perçoit dans une furtivité d’apex jusque le bois qui a été utilisé pour ce feu, embrasant ici et là des lieux qui n’ont plus lieu d’être. Mais peut-être n’est-ce simplement que dans nos gênes que nous hésitons à leur donner réalité, à nous en rendre compte comme d’un naturel qui ne demande qu’à s’exprimer ?

Ce que nous vivons aujourd’hui est lamentable. On dit que de le dire ne fait pas avancer : si on ne peut pas mettre de mot sur ce que nous vivons, nous en apercevrions-nous ? Car le mot est fait pour être dit, sinon il ne signifie rien, ou une pensée dans une seule tête (disait J.P. Voyer sur l’idée, c’était sympa, j’avais bien aimé : cela ne sert à rien d’avoir des idées si on les garde pour soi-seul. Le problème c’est la forme, et là, ça a coincé beaucoup beaucoup, parce qu’il y a quasiment autant de forme que d’êtres humains… en trouver une « génératrice » semble difficile, sinon même inaccessible. Le problème est-il bien posé ? Il ne peut y avoir autant de forme que de gens, ce n’est pas possible, sinon il ne pourrait pas y avoir quelque chose de commun, voyons ! Si je manipule ce récrit, j’irai jusqu’à dire que c’est précisément la semblance des formes qui nous relie et dont on joue ! même dans le pire des scénarii, qui donne cette reliance du jouissif. Il y a une faculté innée qui nous fait nous regrouper pour jouir de cet état de regroupement. Aujourd’hui, le rachitisme (manque de N-acétyl-cystéine, à 1 à 2 gr par jour) réduit son développement à la « famille » : quelle mesquinerie ! quelle tristesse ! nous qui sommes dotés de naissance, même d’avant-naissance, de toutes les capacités suffisantes et nécessaires pour vivre en groupe et en jouir, nous en sommes réduits à la « famille »… le patriarcat c’est la famille et plus ça va et plus la famille rétrécit, car les exigences du capitalisme ne peut que provoquer son éclatement. Nous irons donc vers la solitude absolue : je-seul, tu-seul, il-seul, elle-seule, nous-seuls, vous-seules, ils et elles seuls et seules. Bien sûr, cela ne pourra pas arriver, enfin… je le souhaite ! L’intérêt de ce petit conte, c’est de montrer un chemin qui y mène, car on n’en voit pas le bout, on a envie d’avancer dans le brouillard qui dévoile à mesure que l’on marche ce qu’il voilait. Non, bien sûr, car on se le dit ! On se dit ce qu’il faut qu’on se dise : ce qui nous manque, ce qu’on désire, ce vers quoi notre âme tend. Il faut se le dire et se le laisser dire après l’avoir laissé dire.

Alors, on atteindra rapidement la question sexuelle et le dire, ici protégé par une pudeur dont on se demande de quelle autorité elle émane pour nous empêcher de parler, n’est pas d’un abord facile : on a quelque chose entre les jambes dont on sait bien qu’on en attend une intense satisfaction, mais on les sertit pour ne pas que cela s’échappe et se sache. Ce n’est qu’à mon âge que je commence à reconnaitre que les filles désirent les hommes comme les hommes les filles : je pensais avant qu’il fallait violer les filles ou quasiment pour avoir une satisfaction, en gros qu’elles ont une telle peur de l’homme qu’elles n’admettent pas qu’elles le désirent autant. C’est ce que, moi, je pensais, malgré la grande affection que j’éprouve pour elles ! Les filles aiment l’homme, comme l’homme la femme. Il y a eu beaucoup de temps perdu dans cette affaire. Mais, comme on ne le passe qu’une fois, ce temps, ou bien il est, comme ensemble, totalement perdu, ou il ne l’est pas. On veut juste se flageller avec cette idée qu’on aurait pu en jouir, comme les autres, non ? Considérons-le comme une période d’apprentissage, c’est plus positif puisqu’il est de toutes façons, véritablement et irrémédiablement perdu ! On ne passe son temps qu’à le passer, point. Si on le passe en satisfaction, en plaisir – des deux que je viens de décrire plus haut : la grégarité –, on ne dira pas qu’on l’a perdu ; mais il est perdu aussi dans l’insatisfaction de ne pouvoir pas le rattraper. Mais si on en est là, c’est qu’on a déjà perdu son temps. C’est compliqué parce que le temps ne se rattrape jamais, il est donc toujours perdu. Ce n’est donc pas du temps qu’il s’agit, mais du plaisir qu’on y passe, selon la grégarité, bien sûr ! La texture du temps change en fonction de sa trame.

La sexualité sera vite atteinte. Aussi, je vais essayer de déblayer le terrain pour qu’on y voit plus clair (quand j’avais 13 ans, peut-être, j’avais participé à un débroussaillage de chemin dans la garrigue : quel pied ! quel plaisir j’en ai gardé souvenir !). Il y a une culture morale sexuelle violente dans le patriarcat, surtout de la part de l’homme pour que la femme se sente infériorisée, selon ce qu’il pense de sa nature. Mais, on le sait, il se trompe, comme la femme le trompe en jouant son rôle de femme battue, je veux dire : qui n’a pas envie de rapprochement sexuel. Hop hop ! attention, je ne suis pas bourré de mauvaises intentions : la femme n’a pas à être battue, ceci doit être clair, qu’importe le prétexte, la justification, l’ordre, le décret, la loi, la Bible ou le Coran : sous aucun prétexte la femme ne doit, ni se sentir, ni être battue ! Article UN de la PREMIÈRE loi. Et elle fera sans doute plus attention à ses désirs qui, selon la grégarité, iront sans doute (aussi) vers autrui. Ça peut être long à mettre en marche, mais en tous cas, si c’est parti dans ce sens, ça ne s’arrêtera que si la femme recommence à être battue, ce qui devra nous imposer de sérieuses questions sur notre incapacité au bonheur. C’est pourtant pas bien difficile : le bonheur, c’est si et seulement si la femme ne se sent ni n’est battue. Bon, la phrase est un peu longue, mais elle dit ce qu’elle dit, c’est ce qu’on lui demande et je suis sûr qu’il est possible de commencer maintenant-même à se poser les questions de notre malheur, incidemment et seulement en termes lointains de comparaisons, car nous avons un passé douloureux en la matière.

Après la peur, la seconde réticence, c’est la pratique du sexe elle-même : qui quand comment quoi faire… Il faut commencer par se dire que si on a deux sexes différents, selon la grégarité (désolé pour les autres, mais j’y reviendrai, ne soyez pas encore déçus !) c’est ben pour que cela s’passe l’un l’autre. Donc, que c’est fait pour que ça se passe selon l’un l’autre et réciproquement. Cela, ce n’est pas difficile. Comme je le redirai plus en d’autre circonstance, il ne faut pas se presser, il faut écouter, soi et l’autre, dans ce qu’il vous évoque de plaisir d’être avec lui ou elle. Les filles y arrivent mieux que les garçons. Et pour cela, il ne faut pas avoir peur des « blancs » comme on dit en typographie, (on n’aura pas peur typographiquement parlant des blancs ou des noirs) : il faut savoir écouter et apprendre à s’écouter, dans sa vérité, à soi. Bon, cela passe aussi par l’émotion du geste, évidemment : on va pas rester là comme un cailloux, même si on a envie de fondre en larmes, oui ? Je parle bien du rapprochement sexué et des intentions qui l’entourent, à minima. En fait, faire l’amour, c’est comme Michel Odent parle de l’accouchement : c’est parasympathique : on fait avec ce qui est et ce qu’on a.

S’écouter dans sa vérité à soi, c’est l’anti-leitmotiv patriarcal par excellence : il ne peut pas accepter qu’on ose toucher du doigt et caresser la vérité. Et, pour être cru crû, comme on sait qu’elle contient quelque chose de jaillissant, quelque soit son sexe, la vérité ça se masturbe. Il faut donc, corrélativement, apprendre à masturber sa vérité : vous verrez, après, lorsque vous rencontrerez quelqu’un, le sympa de n’être pas que seulement soi, encore que vous ayez d’abord approché l’orgasme que cela procure de masturber sa vérité, ou soi, en parabole. On a envie de plus et on sait que ce plus est tributaire de l’autre et de la commune mesure que vous formez comme couple, même momentané. La grégarité a conçu un outil pour cela, que nous nommons l’amour. L’amour est le glissant du fébrile, la douceur des caresses, la poursuite du plaisir qui se course sous mes doigts, l’incertitude que je te plaise, cette sorte de réponse à ma question de me mêler à toi par ton désir de m’y voir te remplir, et cette lenteur attentive de chercher-trouver mon gland dans ton toi-chaud et mouvant, de te regarder dans les yeux échangé de fluide mouvant et toi-chaud, et ce moment précis de la raideur qui vous dépasse (car, jusque-là, vous jouiez d’elle pour sentir, et là, il faut lâcher) d’une sorte d’électricité née du frottement synchrone que deux êtres provoquent. Les garçons ont tendance à se raidir pour montrer qu’ils ont une belle queue. Et la fille elle, pour bien sentir l’homme, etc. Ce n’est pas mon chemin préféré : je préfère un vagin détendu où je ressens plus le frottement que la pression. Il y a un exercice à détendre son vagin et à ressentir en même temps ce qui s’y passe. Bien sûr, pour le détendre il faut aussi le tendre… Ze radotte.

[[Pour moi, ce sont des criminels ces gynécos qui rétrécissent l’entrée vaginale après une hystérectomie, « car l’homme sentir plus mieux », tête de spéculum, taré doté d’un pouvoir grave et important sur les autres.]]

L’amour dans la masturbation est plus simple. Il faut se laisser à jouir, s’autoriser à jouir, se manipuler pour jouir ; et on ressent tout de suite les émotions de ses actes, directement, sans intermédiaire. Se manipuler pour jouir, s’autoriser à jouir et se laisser jouir, tout cela s’apprend (je me demande même si dieu n’a pas dû l’apprendre, lui aussi ?) ou se ré-apprend. L’amour c’est aussi un peu apprendre à ne pas se retenir à deux et en couple : ça devient plus facile si on sait déjà comment s’y prendre tout seul.

La nature a un bruit qui change chaque heure, semaine, mois, etc. Le bruit humain est pour beaucoup une calamité qui ne permet pas de pouvoir s’écouter. Toutes ces personnes qui utilisent dans la rue ces « walkman » et autre smartphone, évitent de s’écouter : elles écoutent un plaisir, mais pas elles, elles-mêmes. Et de quel plaisir ? Passif, passager, prétérit. De plus (c’est ce qui m’étonne encore), elles ont été acheter ces séparateurs de goûts. Si elles veulent s’écouter, il leur faut êtres seules, c’est-à-dire isolées du groupe. Bon… si c’est comme la masturbation qui te permet de mieux te connaitre, passe encore, mais si c’est pour t’isoler davantage du groupe, ce n’est pas pareil. On arrive à quelque chose de nocif et pour la personne et pour le groupe, en même temps. Enfin, je parle de grégarité, pas de capitalisme. Et la sexualité c’est aussi apprendre le silence, non… plutôt, l’absence de bruit. Les bruits affectifs sont très puissants, tant en plus qu’en moins d’harmonie.

La sexualité, c’est se parler, donc. Et comme elle arrivera inévitablement, immanquablement et irrémédiablement comme proéminence dans l’activité du groupe, mieux vaut commencer par en parler en en parlant. Il n’y a pas tant de fantaisies sexuelles et peu sont mortelles. On ne peut devenir mature qu’en remuant !

Patriarcapitalisme

Les critiques du capitalisme – et du mode de fonctionnement du capital – sont pléthores : il est attaqué de toutes parts, de toutes les façons, sous toutes leurs facettes. Mais, grandement, on oublie pourquoi il perdure « contre notre gré », alors que nous y participons obligatoirement ou par omission, ou par pensée ou par action. C’est que le capitalisme et sa praxis sont d’essence sexuelle et sur ce point nous achopperons toujours, car nous sommes (el pueblo) et demeurons impotents, sexuellement parlant. On oublie que le capital et sa praxis sont l’exacte position théorique et pratique du patriarcat en mouvement. Si, par hasard, le locuteur critiqueur du capital et de sa praxis est lui-même un heureux amoureux puissant, il parlera à plus de 90 % d’impuissants orgastiques, hommes et femmes. Cette puissance du capitalisme se situe dans notre impuissance face au patriarcat : à ce que j’ai défini, pour une part, comme l’avilissement de l’amour qu’éprouve la femme pour le sexe de l’homme ; mais il y a la deuxième part qui est masculine.

Cette impuissance, je la vois dans le peu de flics nécessaire pour régler sous leur coupe une foule de personnes, car chacune de ces personnes, sinon quelques dizaines, est impuissante sexuellement, à imposer son droit à une sexualité hors du patriarcat, en refusant de se faire frapper sur la tronche : qu’en sait-elle, cette foule, de ce patriarcat abouti au capitalisme ? A-t-elle fait la relation d’effet à cause ? Rien, ou si peu : elle ne peut rien en savoir tant qu’elle ne se déterminera pas à en entamer la suppression, c’est-à-dire, au moins, à cesser d’avilir l’amour que la femme éprouve pour le sexe de l’homme ! Va-t-on le comprendre, cela ? Un homme (ou une femme) qui avilit l’amour qu’éprouve la femme pour le sexe de l’homme est un patriarchiste et ne nous attendons pas à ce qu’il veuille perdre cette prérogative actuelle ! Et comme tout impuissant se retrouve dans ce désir de se voir privilégié dans l’usage de cette prérogative, même si cela ne lui apporte rien, sinon qu’un pouvoir sur cet amour que la femme éprouve pour le sexe de l’homme, le patriarcat perdure. Le petit flic avec sa matraque et le pouvoir que lui confère un supérieur détenant la violence abstraite et l’autorise concrètement, pour exécuter consciencieusement sa fonction concrète est un impuissant du patriarcat, tout comme le politicien qui fait les lois du patriarcat, le militaire qui protège l’enclos du patriarcat, le juge qui fait appliquer par les matons divers ces lois du patriarcat. Oui, certes, l’économie est un levier du patriarcat, mais elle ne se peut bien comprendre que dans ce rôle de levier : ôtez son point d’appui, le patriarcat, et elle s’écroule.

Qu’on promulgue des lois qui terrent et enterrent les gens sous prétexte de terreur n’est permis que parce que les gens sont impuissants, sexuellement, à s’exprimer, car la sexualité aime à pouvoir s’exprimer dans un minimum de liberté, ne serait-ce que celle de ses rencontres… et comment rencontrer quand on est terrorisé ou se laisse terroriser par autrui ? Restreindre l’expression possible de la satisfaction sexuée est le bâton favori du patriarcat, car c’est ainsi qu’il domine les âmes, et leur impose sa manière de voir et de vivre la vie, selon ses valeurs.

La valeur est un affect inhérent à l’animal sous sa forme humaine, mais la forme actuelle de son expression est celle du patriarcat. La valeur existe dans l’ensemble du monde humain, mais sa forme sous la forme du capitalisme, est inhérente au patriarcat : le capitalisme est l’état actuel de l’aboutissement du patriarcat en mouvement, tout comme la valeur des capitaux augmente par leur seul mouvement. C’est pour cette raison que cette entité actuelle de la manifestation du patriarcat dans la vie humaine ne s’écroule jamais, car elle est le moyen du patriarcat d’assoir son impuissance sexuelle. Merci Wilhelm Reich !

La distinction des valeurs est sexuelle car elle se retrouve immédiatement dans la manière dont l’humain, dans le patriarcat, s’occupe de ses déchets qu’ils soient issus de son activité industrielle (jusqu’au sens moyenâgeux du mot) ou corporels. Une misère. Par contre, tout ce qui brille est or ! Cette distribution des valeurs est typiquement patriarcale, elle est « anale » au sens freudien, jungien et consorts. Et cette planète, non pas seulement à cause de l’excroissance technologique de son activité, mais surtout parce que le patriarcat ne sait quoi en faire, est devenue le reflet de cette praxis de la vie : un déchet, un lamentable déchet et quand il se torche le cul c’est encore pour faire un autre déchet de plus, éolien ou autre. Ceci est sexuel : c’est un comportement extrait d’une manière de voir le monde, issu de la manière dont on a évolué sexuellement dans le cours de sa vie qui est sexuelle, de la rencontre des géniteurs, à celle des gamètes, la gestation en passant par l’accouchement, la puberté, la « maturité » et jusqu’à la mort.

La majeure partie des malheurs humains a pour origine la sexualité : la maladie, la solitude, la pollution chimique, radio-active ou électromagnétique, la social-démocratie comme la dictature. Les eaux des fleuves, des rivières et des ruisseaux sont polluées par les déjections humaines (pour les plus chanceuses ! il y a autrement pire) alors qu’il suffit et nécessite que d’organiser, même individuellement, des toilettes à compost : fin de la dengue, du choléra et autres pestes. L’hygiène de l’eau est la source de la bonne santé, on le sait, mais on continue, du fait que cette valeur est compromettante pour l’état d’esprit du patriarcat, jusqu’à s’en désintéresser puisque c’est mettre le doigt sur son complexe : l’anal. L’eau du robinet est affadie par des produits chimiques chlorés, même celle des chasses d’eau qui sont une catastrophe écologique en ne séparant rien des « eaux grises » des « matières noires » : tout est dit. Le dieu des Inquisiteurs était l’analité et ses adeptes nous ont montré leurs atrocités. L’analité est un stade sexuel qui commence et devrait finir pour être passé à autre chose, mais le besoin impérieux de la morale patriarcale se fige dans les muscles et dans le système nerveux (la cuirasse ou structure coagulée caractérielle) en la rigidifiant dès qu’un sursaut de plaisir la dépasse.

La manière dont on pratique une « activité physique » est relative à cette morale, jusque dans le geste même de chaque pratiquant d’un « sport » : tout y est violent (il faut de la violence pour « gagner » contre son adversaire et devenir « premier ») et d’une extrême violence, contre son corps, soi, les autres ; et le jeu y est absent pour devenir « olympique ». Battre l’autre, l’écraser, etc., on le sait, dénote une attitude qu’on nomme, en référence à la psychanalyse, « anale » de la vie, mais comme cette attitude est de celles qui font le patriarcat, elle devient dans ce contexte « normale ». Nous avions la toromatchie, nous avons encore les stades de foot ou de rugby, dans lesquels la valeur est transmutée en rage, où l’impuissance peuvent enfin s’exprimer, se manifester selon les principes d’une testostérone fragmentée. Mais là où la femme pouvait jouir un semblant en voyant sa projection théâtrale frôler les cormes de la mort (c’est-à-dire la perte de soi simulacre de l’orgasme), ailleurs elle devra se contenter d’un écran ou d’une étiquette de bière, délaissant aux hommes leur privilège de se casser la gueule, le phénomène se vomissant jusque dans les rues où la police – patriarcale – est impuissante.

Le patriarcat n’est pas un épiphénomène qui se résumerait à avilir l’amour que la femme éprouve pour le sexe de l’homme (et la réciproque ne serait être si loin de la vérité, finalement), le patriarcat EST un mode de vie qui en exclue tout autre ; c’est une hégémonie sur la vie d’un mode de penser, d’agir et d’omettre. Le patriarcat EST le monde dans lequel et où nous vivons et dont l’accomplissement actuel (ultimement présent) est le capitalisme et son organisation sociale : le fétichisme de la valeur, la marchandise, le salariat et le travail, le capital, l’argent et le spectacle comme ensemble. Tout cela existait en germe depuis qu’existe le patriarcat que j’ai défini ailleurs comme la confusion, chez l’humain, entre le rapprochement sexué et la procréation, le second devenant titulaire du premier et le premier perdant sa raison d’être, aimer pour le pair de l’orgasme. Dans le patriarcat, on le sait bien, la femme est une génitrice et l’homme un père et le père c’est celui, allez-vous-zen-savoir-pourquoi-?, qui détient l’autorité sur la femme et ses enfants, à lui. La première esclave est la femme, c’est une femme et il n’y a toujours pas de fête nationale ou régionale en sa faveur, sinon que celle des « mères » en forme de promotion à sa liberté. Il y a des fêtes pour l’abolition des Esclaves noirs et noires, mais pas pour l’abolition de l’esclavage de la femme, pas encore : le jour où cela arrivera, il n’y aura plus besoin de ce genre de commémoration, j’espère ! Mais je pense que nous aurons été engloutis par notre bêtise, bien auparavant, et moi, mort depuis longtemps.

Je ne parle ici que d’évidences, mais comme rien ne se passe, j’y reviens. Cette autorité dont s’agrège l’homme vient de sa force musculaire, bien sûr, mais surtout de sa cuirasse caractérielle, reproduite par l’éducation qui est, elle-même (on le sait bien) une branche active de la morale : la retenue comme accessoire de domination. Laisser de jeunes corps en pleine croissance assis des heures durant sur une chaise (à mon époque c’était un banc) est une activité morale pratique. Ha ! ils « apprennent » des mathématiques, à écrire, etc., oui, certes, mais comment ? et pourquoi tant de souffrance, d’obligation à l’autodiscipline mortifère ? On demande à l’enfant cette autodiscipline, cette auto-castration (M’sieur, j’peux aller aux toilettes ?) ! Tout est dit ! Et cela durant des années, celles, les plus gaies, les plus belles, dont on pleure ensuite « l’insouciance »… Et quand l’amour apparait dès 3 ou 4 ans, quelle innocence, n’est-ce pas, car selon les tuteurs asexués, asexué ! Quelle désastre quand quelques années plus tard, après la conséquence de cette auto-castration qu’on nomme « période de latence », bien avant que les « hormones » ne décuplent ou centuplent leur flux dans le bouillonnement sanguin, musculaire et nerveux, où le moindre rapprochement des corps est immédiatement sexualisé pour se voir interdit. Nous aurons alors l’éclosion des pervers, des introvertis, des hystériques, des maniaques, des borderlines, des schizophrènes, des bourgeons de vie tordus, brisés, décolorés, rabougris ou desséchés, écrasés, divisés ou sectionnés.

Le patriarcat n’est pas seulement une « forme d’organisation sociale et juridique » comme le dit la patriarcale ONG wikipédia, c’est LA société actuelle, impérialiste, impérieuse, impératrice de nos temps, de ces temps que nous vivons. Il n’y en a pas d’autre et si elle meurt, c’est qu’elle aura été remplacée par une autre société. L’omission ici, est de ne pas dire une « organisation “de quoi” sociale et juridique », car le patriarcat ne veut pas qu’on sache qu’il organise tout selon ses vues, et non pas seulement l’autorité de l’homme. L’homme y a perdu jusqu’à une forme de sa spécificité : la sensation-même de l’éjaculation qui est devenue une « émission de sperme », le con. Il court comme un éperdu après cette sensation, alors qu’il n’est plus qu’un jet (et encore, quand ça pulse !). Cette sensation apparaît avant l’éjaculation, alors qu’on est déjà perdu, mais comme il veut garder le contrôle (l’analité), il n’est plus que le liquide. Dans le patriarcat, l’homme a perdu son âme et son partage joyeux ; et il ne veut ni ne peut plus lâcher son fantôme, car alors il défaillirait dans les affres de la nullité où l’ont conduit ses choix. Courage, homme à la verge rouge ! tu n’es pas seul !

Si la valeur est un affect, comme je l’affirme, elle est malléable selon une morale sociale qui la rend commune à tous de sorte que tous consentent facilement à la manière dont on en use, qu’elle soit une forme de cohésion du groupe sous cette forme précise et pas autrement, et que tous en retire un minium de satisfaction. Et remettre en question le mode de cette satisfaction sur la forme de cet usage, même si – ou mieux ! alors qu’elle est minime pour la plus grande majorité des membres du groupe, devient immoral. Et cette immoralité profite, bien sûr, à ceux à qui cette valeur profite le plus. Mais comme les autres bavent sur la satisfaction qui leur fait défaut et à laquelle pourtant ils travaillent sang et eau, lorsque cette morale du riche leur vient à traverser l’esprit, ce ne sera pas pour s’arrêter tout net d’y travailler, mais d’en demander plus pour y travailler plus, tant le manque de satisfaction réelle est présent (l’insatisfaction du manque devient le manque de satisfaction) ; et sans remettre sur le tapis de la critique ou du jeu de la vie, le principe même de ce mode de satisfaction de cet affect : la valeur. L’affect « valeur » est actuellement manipulé par le patriarcat : il faut se poser la question de ce qu’il devient sous une autre morale (qui ne serait pas « matriarcale », bêtement) maintenant qu’on sait ce que peut et veut, sexuellement, le patriarcat.

La rocade est circulaire, mais ici il n’y a qu’une entrée

La rocade est circulaire, mais ici il n’y a qu’une entrée : toi, donnée inconnue qui passe le pas de cette porte, laisse derrière son seuil tout désespoir.

La plupart des méthodes, des sites d’épanouissement personnel ne parlent de la sexualité que comme d’un but, alors qu’elle ne peut que se vivre. Elles sont, de fait, un contournement de la sexualité, et un évitement pour le quidam ou la quidame. Et que ça s’étire, et que ça se tend et que ça se relâche, que ça s’assouplit, ça se ré-étire, etc. La cuirasse caractérielle ne s’assouplit pas, elle se dissout… ce n’est pas pareil ! Et que ça discute en privé avec une personne spéciale et rémunératrice, à laquelle on donne tout de son âme… enfin… celle dont on peut tenir de loin cette sexualité qui vous rend malade parce que vous n’en faites rien. On voit bien plein de petites culottes (encore qu’on en soit pas si certain), des hauts plein de petits tétons érectiles, sensibles, dont on userait qu’avec délicatesse de l’écho. Et puis, dans ces petites culottes, il y a un gland, des grandes et des petites lèvres, et l’entrée du vagin qui se prolonge dans le corps. C’est-y pas merveilleux et délicat tout ça ? Point n’est besoin de s’imaginer qu’il faille de la violence pour démarrer tout cela en cours de marche, pour l’accepter ou le mettre en fonctionnement, non ?

Nos temps portent tout à la confusion : celle du sexe dont on ne serait que faire, le sien, celui de l’autre ; tant et si bien qu’on ne sait plus duquel on est, franchement, de sorte à aborder le quai du plaisir avec sérénité. On sème la confusion dans l’équivoque du plaisir qui ne peut jamais en être un dès lors qu’il se pose la question de son existence présente : il est ou n’est pas. Après on peut en parler, pourquoi pas, mais pendant, on le vit. Il ne peut y avoir de confusion, sinon que de fuite.

En général, les hommes c’est de la testostérone : faut que ça donne sa force, mais vous, les filles, vous n’avez rien à perdre ! Et de la testostérone, il y en a autant que vous ! Vous aurez (je peux me laisser à le supposer) au moins un coup. Et en s’y prenant bien, avec jaillissement. Alors ? Donc, voici ce que je propose : oui, allez vous adonner à ces méthodes, etc. d’épanouissement personnel, mais pour vous exercer au rapprochement sexuel, pas pour vous permettre de l’esquiver ; et d’y consacrer au second, au moins le temps que vous consacrez à ces exercices !

Ha ! les maladies vénériennes. Sûr que l’état sanitaire n’est pas du plus mirobolant, puisqu’il y a tant d’incertitude sexuelle, de promiscuité d’égarés et de perdues, une très mauvaise répartition des pratiquants et des non-pratiquants ce qui amènent les premiers dans la surcharge des omissions d’autrui. Les maladies de Vénus ! Psyché, la copine d’Éros, a dû avoir bien du plaisir à l’érotisme d’Éros. Mais quel pourrait-il bien être ? En quoi, si l’atteinte de tels dieux pouvait nous le permettre, ne pourrions-nous pas y prétendre ? On ne sait pas trop pourquoi, finalement il ne nous serait pas possible de l’atteindre. On ne sait pas ce qui nous retient de nous y adonner, le feu à l’âme et l’âme au corps. Pour le savoir, il faut y mettre le nez, de visu et de palpé. Tant qu’on se retiendra, on sera retenus.

La syphilis, la bléno, le sida, etc, encore, je veux bien, mais la violence ? Quoi faire avec la violence. Il faut, non pas faire des garçons, des mecs, mais des personnes capables de parler, de dire ce qu’ils ont ou veulent dire, des hommes. Le mec a appris (comme Beauvoire le disait de la femme en devenir) à être un mec du patriarcat, ça s’apprend, c’est dur, c’est violent, on demande beaucoup de sacrifices, de se sursoir physiquement, jusque l’épuisement et même après parfois – tant ces militarisants sont cons : tout ce qui obéit à un ordre a deux cerveaux et un bras –, il a fallu apprendre à être misogyne, à penser que la femme est l’initiatrice du malheur de l’homme et du monde, et son incitatrice. Il a fallu apprendre les mathématiques, nous, à nous ! les mecs ! Mais c’est le supplice ! Mais qu’est-ce qu’on en a affaire des mathématiques alors qu’il y a des choses si passionnantes à faire dehors ? Le stratagème n’a pas marché sur moi, j’étais ailleurs, et de loin ! Nous, les mecs, la violence, on connait, hélas ! Il nous faut vivre avec notre beauté, notre gentillesse, notre affabilité, notre sens de la séduction, du rire, dans un monde qui se veut et se doit d’être « de mec ». Et c’est dur, des mecs, non de non ! C’est tout cela qu’il faut faire disparaître, car il nous est possible de vivre de manière satisfaisante à nous deux.

Alors comme nous sommes dans une société patriarcale – c’est-à-dire : une société du Père (avec son Œdipe, sa Jocaste, et tout le tintouin procréationiste poussant à penser que l’humain ne serait pas un être social, c’est-à-dire vivant en troupeau et que l’ensemble de ses affects dont cette disposition le nourrit, dispense pour une bonne part de la nécessité du chef de troupeau d’autres animaux) où l’homme aura peur de la femme et la femme déçue par le jaillissement de l’homme, une fois – et que sur cette base, la rencontre est difficile. La femme n’a aucune raison d’avoir peur de l’homme, lorsqu’elle s’y prend bien… et ça peut s’apprendre. L’homme n’est pas cette sorte de jouet, un monde où le jouet lui est jouet. Mais il y a du jeu quand même… faut s’essayer, vous ne risquez rien. Et même si vous tombez sur un fou, vous saurez comment vous en sortir, car vous lui êtes supérieure et qu’il n’a rien compris à la vie, l’excessivement fragmenté ! et vous saurez ce que c’est que cette solitude d’être fou. Notre intelligence est de déduction, la votre est d’induction ; le patriarcat de séparation. Je ne sais pas si je l’ai déjà dit, mais la pornographie c’est avilir l’amour que la femme éprouve pour le sexe de l’homme (bon… à 90 % près). Il y en a qui disent que le patriarcat c’est l’avilissement de la femme, hébé moi je dis que c’est l’avilissement de l’amour qu’elle éprouve pour le sexe de l’homme. Voilà. Bon… que ce soit vrai ou faux, le résultat est le même : la rébellion aboutit à la dissolution du patriarcat dans le jus du plaisir ! La méthode n’est pas la même, cependant, pour y parvenir, sexuée ici et là ailleurs.

Par quoi commence-t-on lorsqu’on veut abolir le patriarcat ? D’abord… en sommes-nous capables et serions-nous conscient de la responsabilité d’un tel engagement ? De là, beaucoup peut s’en suivre, non ? Et la sexualité ? Qu’est-ce qu’on en fait ? Autant commencer tout de suite.

Pour sortir, la flèche est à l’envers.