Le patriarcat comme aliénation sociale, c’est-à-dire, sexuelle

Il est évident qu’il faut maintenir la sexualité féminine sous le chapeau de la pudeur, sinon l’ensemble du système patriarcal est détruit par ce qu’il nomme « l’orgie ». Si toutes les filles se mettaient, au lieu d’aller travailler, à se prostituer, comme ils disent, c’est-à-dire à copuler contre la valeur que leur accorde l’homme en tant que femme et qu’il paye en argent, la chose du patriarcat, le système dégringole comme un château de cartes.

Cette orgie générale est ce que tout le monde attend, mais que cette pudeur interdit. Cette pudeur est entretenue par la position sociale, tamponnée de religions, de fidélité matrimoniale, etc. Il est certain que cela ne se passera pas ainsi, comme orgie (encore que !), mais ce que je veux dire est qu’en cas d’orgie générale et durable, sans passant sans violence aucune, le patriarcat meurt.

L’interdit de l’autosatisfaction, de la masturbation, dès le plus jeune âge – je parle bien de la possibilité offerte par son corps de se donner du plaisir sans contrainte et sans borne autre que la satisfaction (y en aurait-il une autre, qu’elle serait alors bornée) – rend impotent (incapacite de) l’usage que l’on peut faire se soi dans la relation à autrui dans le même but : la satisfaction sexuelle paire, comme don-partage, comme « communion ». C’est sur ce frein que le patriarcat domine l’ensemble des âmes interdites du plaisir sexuel consentant et consenti. Ainsi, on préfère communier « avec » un Christ que « du » sexe d’autrui, par le sexe d’autrui, communier d’autrui, car alors, cette satisfaction sera éthérée, au loin, avec un animal humain cloué sur une croix, dans l’absolue impossibilité de se toucher les organes génitaux ! De même toutes les représentations de la Vierge nous la montrera les mains bien jointes, comme collées l’une à l’autre, devant le thorax, pas ailleurs, en exemple de « pureté », d’absence de réponse à cette tentation de se faire plaisir avec son sexe. Et les souffrances d’une Thérèse d’Avila, entre autres, répondront mot pour mot à une description de l’orgasme « dans la souffrance »… de ne pouvoir pas l’obtenir par sa communion d’autrui, en chair, en os, en amour. La chair appelle la chair, mais la chair c’est le diable de Paul de Tarse et l’esprit doit faire reculer la chair et ses sensations pourtant si prégnantes, si puissantes, que l’on sait si aisément satisfiables et satisfaisantes, dans l’ombre de l’esprit qui devient alors « saint ». Cette ombre projetée par la lumière sur le corps du délit, se colore des affres de cette chair rebutée et ce rebut devient l’enfer.

Je ne dis pas que la pudeur n’existe pas, je décris celle qui promulgue le patriarcat. L’ordre auquel on doit obéir se situe dans cet espace accoutumé de l’anti-auto-satisfaction qui doit être intériorisée, sinon elle n’est pas ou plus. Pour obéir à un ordre qui ne vous semble pas correct, il faut que la volonté soit accoutumée à obéir à l’incorrect. Et lorsqu’on obéit à un ordre incorrect (transgressant autrui ou soi), la satisfaction trouble qu’on y trouve correspond à celle qu’on éprouve dans l’obéissance qu’on a assimilé pour obéir, quand on évite le pécher. La plus grande question que je me suis toujours posée est relative aux souffrances qu’a fait subir à l’Inquisition, aidée de ses prétextes, et… de ses sbires. Il fallait bien qu’elle corresponde à un état d’esprit chez ces personnes, non pas seulement celles qui ont inventé toutes ces maltraitances et tortures à l’encontre de ceux qui étaient perçu comme différents et la plupart du temps contre les femmes ; mais surtout ceux qui les exécutaient et ils étaient moultement plus nombreux. C’est que leur taux d’obéissance correspondait exactement à l’inverse à leur taux d’autosatisfaction : impossible, nulle et surtout, non-avenue. Le sadisme est l’exacte mesure de l’insatisfaction sexuelle, même chez les CRS, Sade nous l’a bien montré. Il sera donc d’autant plus facile d’obéir à un ordre vous demandant de maltraiter autrui que votre propre volonté a été accoutumée à obéir à l’absence de satisfaction sexuée. Cela le patriarcat le sait, le pratique, le veut et l’exige.

Je vais donner des exemples :
– Comment un paysan peut-il obéir aux exigences de la marchandise lorsque celle-ci lui demande d’empoisonner les gens ; qu’est-ce qui fait qu’il ne veut pas s’en rendre compte, ou ne s’en rend pas compte ?
– Comment un éleveur peut-il élever des porcs (cet animal si délicieux et si généreux) dans les conditions telles qu’il en devient immangeable à moins de s’empoissonner, et surtout, de le faire souffrir d’exister (comme le patriarcat fait souffrir l’enfant et la femme d’exister) dans l’adoption de mode d’élevage digne de l’Inquisition ?
– Comment un viticulteur ne pense-t-il pas que tous les produits « phytosanitaires » qu’il épand sur ses vignes ne peuvent pas ne pas imprégner le vin qu’il va produire ? Et comment ne pense-t-il pas qu’en pourrissant du même coup les organismes de la terre qui nourrissent sa vigne par ces mêmes produits « phytosanitaires », ne se retrouveront pas (comme les déchets des centrales nucléaires, mais moins longtemps quand même) des dizaines d’années plus tard dans ce même sol de culture, après avoir tout tué, mais aussi bien dans les nappes phréatiques ? De sorte qu’il comprenne qu’il lui faut cesser de les utiliser ? Il a peur de perdre de l’argent en passant au « bio » ?
– Puisqu’on parle de centrales nucléaires : Comment un ingénieur peut-il penser que les déchets de ces centrales posent un véritable et grave problème de sorte à, D’ABORD, régler ce problème avant d’entamer toute autre démarche de construction ? Il faut être con, non de non ! Et il continue d’en construire, le con !
– Comment un marin pêcheur peut-il être toujours content d’aller à la pêche, lorsqu’en 20 ans, il a dû tripler la longueur de ses filets pour ramener à terre moins de poissons ? alors qu’il a dû tripler la profondeur de sa pêche pour ramener des gailles qu’il rejette à la mer ? alors qu’il pêche « en bœuf » pour être certain de capturer un maximum de poissons pélagiques ? Entre le continent et l’île d’Yeu, il n’y a plus de poissons ! plus un bar d’un poids d’un kilo, plus d’araignées, plus rien !
– Comment un bureaucrate peut-il obéir à une circulaire qu’il sait pertinemment liberticide, infamante ou affamante ? Comment un bureaucrate de la Commission européenne peut-il faire des copier-coller de textes de Mosanto sur le glyphosate ? Comment un président de république peut-il commuer des lois qui misérabilisent les gens en faveur des « patrons » qui ont déjà reçu des dizaines de milliards en subventions, promesses d’embauche et le reste, pour les soustraire aux salaires différés que sont les « cotisations sociales », anticipant sur la maladie, la retraite à un âge où on peut encore jouir de la vie sans canne médicamenteuse, ou autre prothèse en titane ? Et comment les gens acceptent-ils de telles conditions futures ?

La réponse générale à ces quelques questions est la soumission à l’ordre établi, l’abstinence du plaisir sexué intégrée à un point tel qu’elle devient « pudeur », de sorte que rien ne jaillisse de manière volontaire pour bousculer le statu quo du patriarcat. Et cette « soumission » répond bien à ce taux d’obéissance immédiatement relatif à cette absence de puissance dans la satisfaction sexuée apprise par la désapprobation affective dès le plus jeune âge. Et pour cause ? Cette pudeur qui revient à ne pas défendre son pouvoir de jouir de la vie, bec et ongles, sans maltraitance et sans en imposer. Dans notre contexte de relation à l’argent, qu’une femme gagne 50 euros par journée de 10 heures à distribuer des conneries dans la rue, comparé au prix d’une fellation d’un quart d’heure qu’un homme est prêt à lui proposer qui revient au double, en dit beaucoup sur la puissance de cette pudeur, de cet argent sur le pouvoir de la femme et comme pouvoir sur la femme, du pouvoir du patriarcat sur sa sexualité quand son reniement prouve le TRAVAIL.

La différence dans la prostitution, c’est qu’il s’agit immédiatement de l’usage que l’on fait de sa sexualité à des fins d’argent, alors que dans le salariat, il s’agit de son non-usage : on reste « pur » sur soi quand les intentions sont les mêmes (on le sait du salariat féminin). À ceci près qu’entre hommes, il n’y a pas d’exploitation sexuelle possible, sinon qu’anale : les gros babars du rap nous montrent toujours des gonzesses, pas des mecs ; pour les mecs, c’est le muscle, le militaire ! ils s’occupent de mater les gonzesses et de les mener à la prostitution salariée.

La morale chrétienne nous fait honnir le lupanar, le pandémonium, l’orgie : cette morale est issue d’une religion patriarcale, comme l’islam, le judaïsme, et bien d’autres religions polythéistes. L’homme doit rester maître de l’usage que fait la femme de son sexe et du plaisir qu’elle en retire. Cette domination s’est longtemps appuyée sur un levier « économique », par sa mise en tutelle patriarcale puis maritale comme base sociale. Elle a été mal nourrie, maltraitée, violentée et violée, dépréciée, claquemurée, cachée, épuisée par le TRAVAIL (qu’il soit l’activité tournant autour du quotidien ou en relation avec la parturition, les soins et l’éducation de l’enfance, etc.), dénigrée en tant que femme, à cause de son sexe, de sa sexualité, de son être (sans vouloir la réduire à ce seul aspect de la vie, bien sûr). La Bible a fait d’elle la cause du malheur du monde, comme toutes les religions patriarcales. J’ai trouvé que deux contes qui valorisent la femme : la naissance de l’humanité chez les Trobriandais et la régulation du jour et de la nuit chez les Tahitiens. Partout dans le monde, la femme est infériorisée par l’homme, du simple fait qu’elle est une femme, détentrice de son sexe qui en fait la spécificité, source d’horreur pour cet homme qui ne désire pourtant que de s’y perdre ! mais il semble que la force de ce désir soit si puissant qu’il le dépasse et craint de s’y perdre vraiment, l’idiot.

Parler de « sexisme », c’est parler d’une seule molécule perturbatrice endocrinienne, sans la considérer dans l’ensemble des molécules auxquelles on a accès et qui sont bien nombreuses… ce qu’on appelle l’effet multiplicateur d’un « cocktail endocrinien » qui est omniprésent. C’est l’organisation sociale, dans sa globalité qui est « sexiste » et rien ne pourra être fait sans remettre en cause la sexualité patriarcale. Tant que la sexualité restera, soit-disant, dans la sphère privée, elle sera séparée de la vie publique, de cette vie que nous vivons ensemble, publique, là où cette sexualité transpire de tous les pores, de toutes les peaux ; c’est elle qui conditionne notre esthétique (regardons ces beaux bétons armés, ces goudrons, ces pauvres arbres, cette pollution pétrolienne, la publicité, la marchandise, l’éducation des enfants, etc.) et nos relations SOCIALES, le salariat, le TRAVAIL, la valeur dans la possession d’objet (la femme est l’objet de la valeur). On sait que toutes les maladies « psychiatriques » qui ne sont que des maladies affectives, ont pour initiale une perturbation sexuelle (l’affectivité est alors sexuée) qui se prolonge jusqu’à la maladie sociale. On en guérira pas en un jour, loin de là, mais en protégeant l’enfance de ces altérations débilitantes, on peut grossir l’espoir qu’en l’espace de deux générations, le monde ait changé. Se défaire de l’usage salarié du temps pour le remplacer par du non ennui n’est pas chose facile, n’est-ce pas ?

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Le dur mou du patriarcat

Le patriarcat est une calamité sexuelle, c’est-à-dire, affective et sociale. Ne pas le dire, est une calamité qui s’y ajoute.

Dans sa critique du travail, Karl Marx n’a fait qu’aborder l’exploitation de ce qu’il nomme « la force de travail » de l’individu. Le patriarcat fera d’abord en sorte que cet individu cesse d’être un être social, grégaire, sinon que selon ses propres besoins de sorte qu’il ne soit plus autrement possible à cet individu que de TRAVAILLER : le patriarcat dissocie l’individu du groupe pour qu’il soit impossible à l’individu de ne pas passer par sa case « travail ». Autrement dit, j’émets l’hypothèse, avec laquelle tout le monde est d’accord de comprendre qu’elle n’est pas une éventualité mais une réalité : que l’individu cesse de l’être en communiant du groupe et réciproquement, le travail patriarcal n’existerait pas.

Mais pour qu’existe ce « travail », cette occupation du temps et de l’énergie vitale doit être transformée en « force de travail » (comme l’admettent les marxiens par la constatation des équivalences de valeur et de sa croissance, de ce temps). Pour que ce travail se transforme en valeur – cette valeur qui a une emprise telle sur tout que tout en est imprégné – il faut que cette valeur détienne quelque chose de vital. J’ai tenté de démontrer que la valeur est une spécificité humaine, un affect, c’est-à-dire un outil propre à l’humain pour cette fameuse communion entre l’individu et le groupe : la valeur est un outil de la grégarité ; la valeur c’est l’humanisation de l’objet.

Mais pour que cette valeur se transforme à ce point en une nuisance, il faut aussi transformer la sexualité, l’affect par excellence, de sorte qu’elle devienne une nuisance. Tout le monde sait, du catho le plus catho (celui qui avilit la femme en la dénonçant comme l’origine du malheur du monde) au pornographe le plus pornographe (celui qui avilit l’amour qu’éprouve la femme pour le sexe de l’homme), que l’argent, la valeur sous forme de pouvoir, ne sert qu’à acheter la sexualité de la femme, je veux dire qu’à se procurer de la sexualité de femme selon les vues qu’en a le patriarcat. Pour cela il faut d’abord que la sexualité de la femme soit transformée de telle sorte qu’il puise en être ainsi : c’est LÀ que réside la force du patriarcat : sa valeur (la transformation de la qualité d’humain contenu dans l’objet en quantité mesurable par un autre objet) est un outil de pouvoir.

Sigmund Freud a commencé la sape de cette forme de sexualité imposée à la femme. Personne n’a, jusqu’à aujourd’hui, dépassé Wilhelm Reich dans cette critique du fondement du patriarcat : l’usage de la sexualité à des fins de transformation de l’affect valeur en pouvoir sur autrui (c’est pourtant le Wilhelm Reich de la psychanalyse !). Le pouvoir que procure l’argent (la valeur sous forme de pouvoir concret sur autrui à travers un même affect porté sur cet objet par un autre objet destiné à cet usage) n’est que le pouvoir de la sexualité de l’homme sur celle de la femme ; tout le reste est de la décoration plus ou moins douloureuse de cette vie calamiteuse. La valeur princeps du patriarcat est ce qu’il abhorre le plus : la sexualité de la femme, son sexe et l’usage de la femme qu’il chapeaute par l’argent et l’ensemble des dispositions sociales et affectives nécessaires et indispensables pour qu’un tel pouvoir puisse s’exercer le plus grandement et le plus parfaitement possible. Bien sûr, ce n’est pas possible, puisque c’est une transformation malsaine de la vie, de la sexualité, de l’affect, de cet outil de la grégarité qu’est la sexualité, comme affectivité et socialité.

Évidemment, quand j’ai dit ça, j’ai rien dit, car on ne sait ce qu’il reste à faire. Je ne sais pas même si je me suis bien fait comprendre.

La valeur est un affect. Comme tout affect, il est une source énergétique biologique qui trouve DES formes de solutions orgastiques pour se réaliser. Un affect est aussi puissant que la faim, la soif, etc. Quand on a faim, on trouve des formes de solutions à ce problème et on se rassasie (dans la mesure où les dispositions dans lesquelles on s’est mis le permettent). Mais on ne pourra jamais se dispenser d’avoir faim… on ne peut pas se dispenser de corréler une affection pour un objet et lui donner une « valeur ». Et la première de ces valeurs, c’est la satisfaction sexuée, liée au rapprochement sexuel qui fait défaut à 96% de nous tous.

De la mère à la mort, la femme est maltraitée ; le sexe de la femme est bafoué de la naissance à la mort. Le principal intérêt de l’Internet est de mettre au jour cette maltraitance, de la grossesse, la virginité, la « pureté », en passant par l’accouplement, à la parturition et l’éducation qui en relève, de la malnutrition et du plus mauvais soin que reçoit la femme en tant que sexe de femme ; et de la part de la femme qui est le bras armé de l’homme dans le patriarcat. Je ne connais rien de la sexualité de la femme, car je suis un homme et seule elle peut en parler, si le cœur lui en dit. Ce que je connais de la sexualité féminine est sa sexuation, son anatomie, mais en rien de ses sensations, sinon que par empathie (encore un affect de la grégarité), ce que nous avons en commun. Elle seule peut parler de ce qu’elle en vit et en fait, etc. Or, ce sera toujours le curé (pour qui l’argent c’est les fesses du diable… et c’est qui le diable ? la femme, bien entendu !) ou l’imam (pour qui le diable, c’est la femme, tout simplement) ou autre gourou (pour qui la femme c’est l’impur) casher (pour qui la femme est le péché) du coin ou d’ailleurs qui parlera de ce que la femme doit faire d’elle… en faveur de l’homme ; comme si ce qu’elle pouvait faire serait en sa défaveur à elle, c’est-à-dire en défaveur de l’homme ! L’homme a la vue aussi molle que sa bite qu’il rêve dure pour être aussi dur que ce manque de vigueur.

Ainsi, la « valeur » est cette faculté de posséder la femme et d’en faire ce que bon vous semble (ce qui revient, à part une mollesse dégradante qui mène à la torture, à simplement s’y accoupler et à ne revendiquer rien que son éjaculation… qui mène à cette mollesse qui vous torture). Plus la femme est belle, et plus on veut la posséder et plus on a besoin d’argent pour la posséder, ou de sbires pour vous l’amener contre son gré ; c’est-à-dire besoin d’une structure sociale qui vous permette de la posséder suivant la puissance de votre désir de la posséder, qui se concrétisera par le pouvoir que vous donne la valeur dans cette possession d’argent, de valeur de pouvoir sur autrui par un objet ou des sbires.

Parler de « valeur » sans parler de sexualité revient à ne pas parler de l’impuissance sexuelle sans parler de structure caractérielle qui prédispose à cette forme patriarcale, actuelle. Tout en créant de la valeur, le travail s’échange contre une valeur ; mais ce qui donne consistance à cette valeur est la réduction de la vie à ne pas vivre, c’est-à-dire, à éviter toute exultation provenant de la sexualité. Lorsqu’on passe plus de la moitié de son temps au « travail », la gaudriole, comme détail de la vie, n’est pas possible. Si les conditions de cette occupation du temps laisse à l’employé une marge de tranquillité, on créera une tension sociale suffisamment forte pour que la détente amoureuse soit la plus compliquée possible, car c’est elle qui crée la valeur jusqu’à la terreur. Et on exposera sans fin la femme, plus ou moins nue, dans des poses lascives, invitantes et pré-consentante, dans tous les cas : excitatrice d’une sexualité débordante à laquelle vous ne pouvez qu’effleurer le désir d’une concrétisation, car la femme est ce qui manque à tous, c’est le support de la valeur du pouvoir sur elle, et conséquemment, sur autrui… et rien de ce que nous montre la publicité !

Ne parler de la « valeur » que comme « travail abstrait » ne correspond pas à cette aliénation concrète qu’elle induit, implique et commande dans notre relation à l’autre, à la femme et, surtout, de la femme dans des conditions libres, en tant que moyen de pouvoir sur autrui. Le patriarcat rend pénible ce qui se vit simplement. Le travail « abstrait » est l’explication d’un mécanisme économique qui permet au patriarcat de pouvoir exercer son mode de vie pénible, dans la forme actuelle du capitalisme : le capitalisme cache derrière son petit doigt le patriarcat. Sans patriarcat, il n’y aurait pas la disposition d’esprit et de corps pour l’existence du capitalisme, la structure caractérielle actuelle disposant à un tel comportement, un tel entendement du monde. Et la structure caractérielle est une disposition intégrée nerveusement et musculairement, propre à chaque individu, qui protège de toute émotion excessive, et notamment, de l’orgasme. Cette structure va affirmer qu’un petit titillement de ses sens lui aura fait perdre un dixième de seconde la conscience d’être dans le plaisir, tandis qu’elle ne connait de la transe que la souffrance. Cette structure portera comme une liberté de « procréer » sans accouplement, tant elle le craint, lui et ses conséquences de communion sexuée des affects avec son « partenaire ».

La valeur est un affect, c’est un outil propre à maintenir la cohésion d’un organisme grégaire ; comme l’amour, la colère, la nostalgie, la tristesse, la joie : c’est une transe, une forme de transe. Elle met en transe le cambiste, le possédant (1 % des gens de la planète possède la richesse – valeur de pouvoir sur autrui – cumulée de plus de 55% des plus pauvres, réduit à l’inexistence d’un pouvoir sur le plaisir de vivre), c’est le rêve du futur chef.

Lorsque la valeur est malade, en tant qu’affect, tout comme la haine est l’impossibilité structurelle d’exprimer l’amour qu’on éprouve pour autrui, quand ce « don-partage », quand la communion (rendre commun ce qui est communiable) grégaire vient à s’aliéner, elle ne devient, elle ne prend que la forme du patriarcat ; il n’y a pas d’autre organisation sociale possible, seulement le patriarcat, lorsque l’affect « valeur » est malade. Cette domination de cet affect imposée sur autrui (en lieu d’un don-partage, d’une communion) est immédiatement liée à la satisfaction sexuelle paire absente ; elle est causé par une structure caractérielle, une disposition neuromusculaire qui ne vous permet « plus » d’en atteindre la transe sinon, peut-être, que dans la souffrance… et reste un rêve, un support publicitaire.

La valeur ne conditionne pas seulement la sexualité de la femme dans ses contraintes de vente-achat-échange-troc, elle regarde aussi sa position sociale, ce qu’elle est dans la société patriarcale ; et par là-même ses revendications. Quelque soit le moment ou l’endroit, la femme est un objet sexuel. Bien sûr, c’est la forme patriarcale de cet objectivation qui est dégradante et cela ne se peut, tant sous cette forme que dans cette dégradation, que par la valeur qu’elle possède, intrinsèquement, dans une société patriarcale. On raconte l’histoire de deux entrepreneures qui ont inventé un collaborateur masculin pour pouvoir se réaliser. C’est une ruse de l’intelligence et le piège est facile puisque les hommes ont pour vocation de bafouer la femme, surtout au « travail », car c’est ce qui provoque et procure le plus de souffrance et que la femme est là pour souffrir du travail, bien plus que l’homme dont le dieu l’a pourtant inventé. Les comportements qui renient la sexualité féminine sont pléthores : les restrictions liées au mariage, à l’héritage, à l’éducation, à l’hygiène, à la malnutrition, l’éducation, les viols, etc. Ces comportements renient la sexualité féminine, renie la femme en tant que femme et la repousse dans les orties après lui avoir enlevé sa culotte. Le plus souvent, ils sont le fait des femmes elles-mêmes, déjà éduquées par les coups qui s’empirent en cas de désobéissance. En Occident, cela change-t-il ? Le garçon grand ou petit a toujours la prééminence sur la fille, grande ou petite, on le sait bien et on sait que c’est sexuel. Il ne s’agit pas de faire « égal », il s’agit de faire pair, « équitable », de reconnaître l’égalité de la différence entre les deux sexes, leur spécificités comme équivalentes.

Le travail c’est l’obligation d’utiliser son énergie « à la fois » énergétique et temporelle à une occupation à l’origine indispensable à la vie, puis devenue indispensable à quelqu’un d’autre. Lorsqu’on s’occupe soi à quelqu’activité, on ne travaille pas : on prend plaisir à ce qu’on fait. Il s’agit « à la fois » d’une occupation du temps sous la forme d’une transe et d’une dépense énergétique. Mais cette disposition d’esprit du patriarcat lorsqu’il « travaille » se retrouve dans la totale antipathie avec ses effets sur l’environnement : le bruit, la pollution chimique, radioactive, thermique, hormonale, etc. De la même manière qu’il se contrefout de ce que peut ressentir la femme – à moins de flatterie de son égo – dans l’accouplement, il se moque comme de sa première chaussette, de cet impact que ce travail a sur ce qui l’environne, de près comme de loin ( je pense à la translocalisation de l’eau par les aliments). S’il prenait simplement conscience du bruit que génère son travail, de ses moteurs à explosion « interne » comme à réaction, il se demanderait s’il ne fait pas quelque part fausse-route. Que la police et les ambulances passent avec un tel bruit dénote certainement une relation à autrui sensiblement chaotique, mais cela ne le touche pas : c’est « fonctionnel ». Tous ces travaux de voirie, de construction, etc., mais quoi ? La « méthode » correspond à cette structure caractérielle du patriarcat, pour laquelle le déchet est sans importance, et comme il traite ses selles, il traite ce qui l’entoure pour le barbouiller de cette ordure qu’il ne sait pas gérer. Je vais peut-être me répéter, mais on sait depuis la psychanalyse (qui est une tentative de traitement d’un problème patriarcal par des moyens patriarcaux) que l’argent est la retenue de ces selles, et pour autant rien n’a changé : la quantité même de ces selles a augmenté en valeur, je dirais, absolue, car le cambiste ne joue plus qu’avec elles, pour atteindre aujourd’hui 96% de l’ensemble de l’économie, où les 4% restant sont les achats de réalités bien concrètes : légumes, ponts, prostituées, salariés, services, etc.

Ainsi, quand on oppose l’individu au collectif en matière d’environnement, c’est poser le problème sur la tête : c’est chacun de nous qui doit reconnaitre l’impact immédiat qu’il a sur l’environnement dans lequel il vit : fait-il du bruit avec son marteau-piqueur, son avion, sa disqueuse, son camion, sa mobylette, sa pompe de relevage, son klaxon dans un embouteillage, etc. qu’il doit s’arrêter, lui, car personne d’autre ne le fera à sa place et que c’est bien lui qui a cet impact de bruit (par exemple, mais je peux parler d’hormones comme de produits phytosanitaires, etc) ici et maintenant. Et il doit remettre en question l’usage qui est fait de son énergie et de son temps pour trouver (ce qui impliquera certainement une remise totale de son « travail », celui-là même qui lui donne la permission débile de pouvoir tout faire pour lui : « Hé ! Je travaille, moi ! » dit le CRS ou le livreur) à savoir ce qui l’oblige à ce moyen qui pollue, pour accéder à une solution sans aucun doute bien différente, car beaucoup moins « emmerdante », moins coûteuse, je veux dire, puisque l’argent c’est les selles. ¿Entiendes? Il ne s’agit pas seulement qu’il s’éveille à l’environnement, mais que l’environnement l’éveille : que fait-on, soi, de l’environnement d’autrui ? On n’y arrivera certainement pas seul, il devra s’associer… ce qui lui redonnera l’opportunité de redevenir pleinement grégaire, puisque quand ce n’est que de l’argent qu’on perd, on gagne en grégarité.

Patriarcat et environnement

Putain, j’ai passé soixante ans de ma vie avec les humains.

Déjà quand tu nais, c’est une trahison : pourquoi faire des êtres vivants si c’est pour les mettre intentionnellement dans une telle moïse à vivre ? Bureaucratie, hiérarchie, travail, ostracisme, injustice, impôt, bruit de ses moteurs et de ses outils, cris du sportif, la contradiction idiote entre « travail » et « environnement », etc. tout cela placé en total incapacité de pouvoir y dire son mot, de comprendre pourquoi quoi, où et quand et pourquoi. Une pure trahison. Toutes ces belles plantes étiolées.

Quoi, c’est la nature ? Ha ! c’est la nature humaine… c’est précisément de cela dont je parle : de cette nature humaine dans laquelle j’ai vécu 60 années.

Au total, je n’ai rien gagné dans cette vie (bon… je mens un peu) : toute l’excitation de ce monde patriarcal est axée sur le fait que la femme déteste le sexe de l’homme. Dès lors, l’ensemble de la pornographie (qui est une source d’excitation sexuelle) ne tourne qu’autour de cette piètre hypothèse, à ceci que tout le monde la trouve vraie. C’est d’une perte de temps incroyable, encore que cela permet à certains d’en jouir un peu. Le ganbang et autre viol pornographique (pornografioque) devient tout à coup vidés de leur SENS : ce qui m’amène à la conclusion (mon amie me disait, en constatant que je cherchais à réparer une soupape de cocotte-minute, que j’étais foncièrement optimiste, car cela va toujours (re)marcher) que le sens est tributaire de la morale d’un temps. Aujourd’hui, la morale, c’est le patriarcat.

La pornographie s’approprie la femme, parfois avec une sorte de douceur, parfois avec une violence idiote, mais qui correspond d’assez près à cette asthénie que cette morale (selon laquelle, la femme n’a pas le droit d’aimer les sens de l’homme) induit dans les mentalités et que, finalement, en se pliant à ses modalités, on obtiendra bien un jour quelque part une brindille de plaisir dont on a vu poindre le bout, là-bas, d’entre les voiles que cette morale met sur la sexualité.

Oui, je sais, ici, je prends « la défense » de la femme, en la rendant en quelque sorte victime : mais on se trompe : elle possède sa propre dynamique dans cette histoire que l’homme pense, idiotement, tenir en laisse : le patriarcat n’a absolument rien compris à la sexualité de la femme, c’est hors de son sujet, hors de son propos, hors de ses atteintes et encore moins de ses attentes. De fait, dans ce contexte, la femme fait avec ce qu’elle a, ces lumières qui lui restent d’entre les interstices des briques qui lui sont imposées. Je ne renie pas du tout que dans ce contexte elle doive souffrir sinon de cette position où son devoir est de s’avilir, mais principalement de la violence qu’elle doit subir, encore que, une fois de plus (c’est comme ces ivrognes qui sont affublés de tous les morts de la route alors qu’ils en sont pour à peine un tiers… sachons de quoi il retourne en matière d’ivrognerie, svp…) dans cette position où il lui est permis de jouir d’être ce qu’elle est, elle en profite suivant ce qu’on lui donne, dans le cadre du patriarcat. Ces films pornographique s’apercevraient tout à coup que la femme est un être sexuellement sensible et qui plus est selon ses propres sens ! et qu’en plus, elle a besoin de l’homme (et au surplus de son sexe) pour l’amplification de l’excitation que ses sens lui procurent une fois excités.

Alors… je fais un peu attention (quoi que je sois peu lu et que pour me lire il faille consentir un minimum de consenti vis-à-vis de la vie qui ordonne le respect d’autrui) à cette liberté que je pourrais donner à voir derrière ce rideau opaque du patriarcat, du catholicisme et de l’islamisme, ou du protestantisme et du judaïsme, ou même des religions hindous, indiennes, et autres qui ont pour substrat la possession de la femme par le mariage ou par la parenté mâle, selon quoi la femme serait un être plus orgiaque que l’homme : à cela il faudrait d’abord qu’elle soit libre pour puisse s’y adonner et se donner les moyens de se le prouver, et qu’en cette occasion il faudra qu’elle puisse l’exprimer selon ses propres modalités. Il fut un temps (je n’ai jamais pu comprendre comment il a pu être perdu) où les hommes se satisfaisaient de n’éprouver pas de pouvoir supérieur à modifier cette façon dont la femme a de s’exprimer sur cette modalité incluse dans sa liberté de vivre selon son sexe, sinon que technologique (le con !), ce qui a mené au patriarcat, l’appropriation de la sexualité de la femme par l’homme. Toute l’excitation suscitée par la pornographie ne relève que de cette caractéristique particulière de la modalité des relations dans une société patriarcale : l’appropriation de la sexualité de la femme par l’homme. Bon… si chacun y trouve son compte, pourquoi pas ? Et on voit bien, par cette mièvre remarque, que je n’ai que peu faire de cette affaire, comme on dit. Cependant, cela mérite d’être souligné.

Car ce qui rassure l’homme dans ces séquences pornographiques, c’est qu’il domine la femme, de sorte qu’il puisse jouir selon son goût et ses formes. Il oublie que même dans ce cas, la femme se satisfait de ce qu’elle a, s’exprime selon son sexe et ses modalités et donne un libre cours à son plaisir selon les restrictions même que lui impose, patriarcalement (selon la peur que l’homme éprouve face à la jouissance de la femme – encore que je ne sois pas dans la bulle de l’orgasme – pour en faire un pouvoir sur elle), l’homme avec lequel à ce moment précis (ou les hommes) elle contribue à la vie dont elle est le corps bien présent. Dans la pornographie, la femme jouit de l’homme selon les modalités que l’homme lui impose : cela serait-il étrange ? L’inversion des valeurs de F. Nietzsche est ici : dans le bain de la morale où on vit la vie. L’homme cuirassé a besoin de se rassurer, car il ne bande plus que selon certaines conditions qui correspondent à ce que lui laisse cette cuirasse : ses fantasmes. Le BRUIT qu’il fait autour de sa sexualité comme celui qu’il produit dans la vie courante, correspond à cette peur de l’amour de la femme, à la fois cette crainte qu’il puisse s’y perdre et celui qu’elle lui donne : c’est en ce sens qu’on comprend le mot de André Breton selon lequel il nous souhaite d’être profondément aimé, bien que cela soit partial, car le meilleur est la réciprocité qui décuple la force de ses événements. Et cela ne peut se faire que par l’inclusion de la satisfaction sexuée commune.

De plus, dans la pornographie, il n’est question que des craintes personnalisées de l’orgasme, au sens de Wilhelm Reich, une forme de compromis, finalement, pour avoir un gain substantiel de plaisir sexuel. Tout va pour le moins pire ! Vous imaginez 60 ans dans cette ambiance ? Tout est dévié, entortillé dans une division triple ou quadruple pour se cacher comme unité aliénante.

Cependant, la morale patriarcale dont je viens de démontrer la pornographie, cause une sur-morale qui empêche d’accéder à cette approche de la cuirasse. Bien des gens ont horreur, jusqu’à l’éviction, de la pornographie, bien d’autres voudraient s’y donner accès sans pouvoir surseoir à cette même morale disruptive, et d’autres encore ne veulent pas même en savoir le bout du cheveu, alors que c’est la tignasse que nous montre en permanence cette société de marchandise (le capitalisme est le petit doigt qui cache le patriarcat en mouvement). Il est un fait que du point de vue de la prise de capital plaisir, certains préfèrent affamer leurs congénères dans des spéculations sur la nourriture humaine, plutôt que d’aborder l’indécence de leur comportement, sans que cela paraisse pornographique : il y manque l’immédiateté du sexe… alors c’est « propre ».

Je me disais ce matin qu’il ne s’agit pas d’opposer l’individu à la collectivité, au groupe, peu s’en faut : il s’agit que chaque personne prenne conscience de son propre impact sur SON environnement, son environnement à elle, dans tous ses aspects : affectifs, pollutions, bruits, odeur, etc. Chacun doit prendre conscience de son impact sur son environnement immédiat… déjà cela suffirait à mettre un peu de désordre dans cette organisation orgiaque de la marchandise et donnerait sans aucun doute des idées pour faire autrement. Mais mettant en opposition l’individu et le groupe, on éloigne du même temps la possibilité d’une solution, puisque l’un et l’autre sont étroitement imbriqués… et les choses restent dans l’ordre du présent, de la marchandise-temps : on continue, soi, par son action, à pourrir le monde, par son travail, la marchandise-temps par excellence et conséquemment, la source de toutes les pollutions, puisque son seul but est la marchandise, qu’importe son environnement.

On préfère dire que la publicité est salace plutôt que véritablement pornographique. La publicité est la morale admise par le capitalisme en tant que courroie de transmission du patriarcat : c’est à cela que sert le Bureau de Vérification de la Publicité.

Je vais insisté sur ce fait : il s’agit pour moi de reconnaître la position de la femme dans notre société, le comportement que lui permet cette société dans l’usage de son plaisir sexuel, grossesse comprise et maternage compris ; et corrélativement, les représentations que se donne cette société pour justifier de cette forme de liberté. La représentation publicitaire de la femme est une représentation la plus immédiate (on dit qu’on reçoit des centaines de messages publicitaire le jour) de la liberté sexuelle qu’elle possède réellement dans la société, quel qu’en soit l’usage particulier (comme le disait Durkheim à propos du suicide) qu’elle en fait. La publicité est la religion (au sens marxien du terme) moderne qui précise, justifie et classifie les possibles de la femme quant à ses possibilités de satisfaction sexuelle, dans ses modes et son fond. On va me dire : Qu’en avons-nous à faire ? Je réponds : Le partage est bien meilleur que la branlette, même à deux, et en la matière, la liberté est un facteur augmentatif, et de loin. Mon avantage est que la femme sache de quoi elle est capable en matière de satisfaction sexuelle paire, de sorte à ce que j’en profite aussi, libre, je veux dire : sans l’esclavagiser. C’est pour cela que je m’intéresse à la chose : à cause de l’insatisfaction qu’elle génère.

Je n’ai pas inventé le patriarcat, tout le monde sait de quoi il retourne lorsqu’on en parle, à quelques détails près qu’il faut bien révéler. Le simple fait que la femme appartient au père ou au mari, encore que le frère détient par incidence une autorité sur elle, indique que la femme est esclave des désirs, sexuels ou non, de l’homme. C’est LA caractéristique du patriarcat. Qu’il s’agisse d’une tribu du bout du monde ou une organisation sociale parfaitement structurée autour de ce fait : l’esclavagisation de la femme, il s’agira du patriarcat. Dans mes recherches, je suis tombé sur une étude de la position sociale de la femme dans les tribus d’Amérique du nord, il y a un demi siècle : toujours la femme se trouve chapeautée par un homme, que ce soit un mari ou un frère et elle trouvait la plus grande liberté (sexuelle, bien évidemment, comprise) lorsque ces deux mecs se disputaient leur autorité égale sur la femme : jamais d’accord, elle avait les coudées alors franches. Mais partout, la femme est sous la tutelle d’un homme (ou d’un patron) dans une société patriarcale ; et c’est ce qui la distingue de ce que je nomme « une société à filiation matrilinéaire » où l’importance de la femme est socialement égale à celle du frère et plus importante que celle du mari.

Une autorité sur autrui se manifeste indifféremment par la violence, car elle n’a pas de légitimité sinon que la maladie affective (liberté !) d’un homme qui veut l’imposer à une autre personne. La liberté existe et je l’aime. Une assemblée de gens se rassemble en un groupe, un agrégat qui nécessite un ordonnancement grégaire. Le temps qui passe fait passer les premières règles pour des lois dont on ne peut plus discuter de la pertinence, même lorsque les moyens technologiques ont évolué. Ces règles de vivre-ensemble n’étaient pas la base d’une hiérarchie entre les individus, mais une fois lois, la hiérarchie devient indispensable pour qu’elles ne soient pas mise en discussion. J’ai une vague idée de ce que peuvent être les règles de vivre-ensemble dans une société à filiation matrilinéaire, mais je sais, pour la vivre quotidiennement, ce que sont les lois, et en conséquences, la hiérarchie d’une société patriarcale, et sa domination de la sexualité de la femme. Vous saisissez ? Les lois du capitalisme sont un prolongement de celles du patriarcat, et la publicité de la marchandise est la morale de cette société en marche, en fonctionnement. suivant ses propres critères, ses exigences, ses prérogatives et ses prisons, son emprisonnement des consciences pour qu’elle fonctionne tel qu’elle l’exige, selon ses besoins. Les gars qui s’intéressent à la « valeur » ont parfaitement raison lorsqu’ils affirment que chaque capitaliste est un instrument (pourrait-on dire « inconscient » ?) du capital, du patriarcat, car il est un rouage indispensable de ce chapeau mis sur la sexualité féminine, par l’argent sous forme quantitative (mais ils ne veulent rien entendre lorsqu’on leur dit que le capital est le petit doigt qui cache la patriarcat… ça pourrait pourtant permettre d’avancer sur un chemin qui va, non ? La sexualité fait peur !). On ne peut corroder le patriarcat sans son emprise sexuelle sur la vie, caractérisable par celle qu’il impose à la femme et dont on voit, partout, des centaines de fois par jour, les « messages » : la publicité.

La très grande majorité de mes contemporains ne s’intéressera donc pas à cette publicité particulière qu’est la pornographie. J’en ai énoncé quelques raison plus haut, mais la principale est qu’autant de personnes n’en peut pas : les mecs ont une capacité érectile rabrouée par leur vie salariale, les femmes sont éreintées par la même occupation. Ce qui fait dire, par la bande, que si vous voulez baisez, les aminches, faut ralentir sérieusement la cadence, pour des plaisirs plus immédiats, certes, mais non moins concrets et pour lesquels il s’agirait de peser le temps vivant contre le temps mort, histoire de voir ce que cela peut donner. La majorité de mes contemporains ne bande pas : si elle ne serait-ce que voulait bander, elle ne se laisserait pas frapper comme une mule par des flics qui n’en peuvent pas plus qu’elle, à cette différence qu’ils ont, eux, la trique sociale et vous l’impose : c’est un aspect à bosse du patriarcat. Et quand il regardera cette publicité particulière qu’est la pornographie, il s’apercevra tout court que, comme on pourrait s’apercevoir que la suppression immédiate de l’argent ne changerait absolument rien aux impondérables vitaux sinon qu’à montrer son inutilité et à amoindrir le gaspillage, on verrait que la sexualité est une affaire paire, des deux sexes (pour les ceux-ce que cela intéresse, cela va sans dire) qui sont, ho ! hasard des dieux, étudiés pour se procurer l’un l’autre du plaisir ; et que la forme qu’adopte la pornographie ne relève que des interdits qu’impose à cette rencontre le patriarcat, selon des formes que l’on retrouve dans la vie de tous les jours, de toutes les heures, que ce soit dans une pointeuse, un RER, une cadence, qu’une solitude, qu’un poste de bureaucrate, de juge ou de flic, avec la violence qui sied à ses activités.

La société patriarcale évitera dans sa mesure de se pencher avec sérieux sur la santé sexuelle de ses composantes. On se souvient d’un scandale viennois, puis de Wilhelm Reich qui n’a depuis pas été égalé, sinon que par des attaques frontales du patriarcat. Toute tentative d’approcher la santé sexuelle s’est soldée (et oui : « soldée ») par une marchandisation des possibles, une publicité de l’impensable repensé. Et ces tentatives mêmes n’ont jamais vraiment oser la dissolution de cette tare, par manque de cette conscience qui donne un but, s’y tient jusqu’à « la liberté ou la mort » et sans violence sinon que défensive. De nos jours, la mort est à nos portes, avec ce qu’on nomme « le changement climatique » qui est une fois encore une manière pudique de cacher la catastrophe et d’éviter qu’on s’y penche et s’en préoccupe vraiment, en cessant de travailler… puisque la pollution est l’exacte mesure du travail excédentaire (on voit COMBIEN il est excédentaire à la hausse de cette température !) qu’il engendre.

Le patriarcat, c’est ce mec avec son cleps sans muselière dans la rue qui vous insulte quand vous lui dites que son chien vous fait peur ; ou ce mec qui ne s’entend pas parler fort, au delà des distances ; ou cet autre qui, rendu sourd par son activité salariale, met la « musique » à fond pour pouvoir l’entendre, inondant l’environnement (tient ?! encore lui ! l’environnement) de son bruit ; c’est ce chauffeur de camion qui travaille (dans le patriarcat, le travail détient TOUS les droits sur tout – surtout l’environnement – : ça donne l’impression d’un petit pouvoir aux pauvres dont ils usent sans discrétion, grassement et sans discrimination) et vous frôle à trente centimètre lorsque vous êtes à vélo, ou ces vélos « sportifs » qui occupent toute la voie publique car ils se détendent en nombre ; et j’en passe. Ainsi que je le disais tout à l’heure, le malade social, c’est-à-dire qui exprime socialement une affectivité malade, pourrira le monde et sera bien content de le faire car il ne saura pas comment autrement faire et, le con, il saura pas, surtout, NE RIEN faire, non pas par crainte de se tromper, non, mais par pudeur ! La pornographie, c’est l’absence de pudeur, on le sait bien, mais, ici elle est « inconsciente » et d’autant plus chiante.

Il y a comme une obligatoire diminution de l’existence d’autrui indispensable à l’expression matérielle d’un tel comportement, et cette prédisposition a un aspect si universel que de le contester suivant les lois mêmes du vivre-ensemble édictées par ce patriarcat, se révèle dépourvu de toute effectivité : la maladie affective socialement admise sursoit à tout, car foutre la merde (tient donc ?! « foutre la merde » ?) est le propre du patriarcat. L’une des souffrances les pires des filles qui participent à l’élaboration de la pornographie (qui leur permet de participer à l’usage de leur être selon les critères du patriarcat) sous sa forme filmique est l’obligation de se pratiquer des lavements pour que la bite du mec reste bien propre sur elle : c’est tout dire d’une mentalité typiquement patriarcale !

Des fades heures du patriarcat

 

À Joséphine

Ce qui me reste en travers de la gorge, c’est ce « Tu enfanteras dans la douleur ». D’abord il est injuste : parce que la femme est une femme, pourquoi devrait-elle souffrir de l’être et particulièrement lors de la parturition ? Du point de vue moral, du moment où cette morale est ancrée dans les sens, quelque chose ne concorde pas avec le plaisir de ces sens. On devrait ressentir du plaisir à sentir, à moins d’une douleur qui est consécutive à quelque événement extérieur : or, la grossesses est un processus sexuel normal et évident pour ce qui regarde le sexe féminin, non ? Ce processus a certes été initié par une relation extérieure, mais en quoi cela devrait-il induire un enfantement dans la douleur ?

Dès que se pose cette question, se posent d’autres questions. Celle du « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », dans le sens, bien sûr (et personne ne s’y est trompé) de la souffrance de la production de ce qui vous est indispensable pour survivre, au moins. Lorsqu’il y a un surplus, ce sera l’exploitation de la sueur d’autres fronts dont on trouvera à se dispenser sans se dispenser des fruits. On comprend qu’il y là encore, une douleur à vivre du fait simple de vivre (quelque soit le mode de calcul, il y aura toujours autant de morts que de vivants).

Il y a un conte d’Apulée, assez tardif finalement dans l’évolution du patriarcat (deuxième siècle après JC) qui existait depuis au moins 7 mille ans. « Éros et Psyché » a été écrit sur la base d’un conte berbère (il avait vécu à Carthage).

Bien qu’il s’agisse de « Psyché », l’âme ou un truc semblable, la femme, car cette âme est une femme, a TRAVAILLÉ pour reconquérir son mec. Sur toute l’étendue de cette planète, là où règne le patriarcat, c’est-à-dire encore 99,99 % de sa surface, la femme doit travailler. À l’injonction : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », on pourrait pensé qu’il s’agit du front de l’homme, mais non : il s’agit de la sueur féminine. Dès sa naissance, dans ce système social, la femme est brimée : moins nourrie, moins abreuvée, moins bien vêtue, violentée et violée, moins bien abritée, etc. mais en plus, c’est elle qui porte l’eau, bêche le sol, garde sa maison propre, allaite et nourrit les enfants. Du fait  que ce soit elle qui porte à la croissance le zygote, l’œuf issu du mélange des gamètes femelle et mâle ce ne sont pas « ses » enfants, mais « les » enfants qu’on lui a fait naître. À cause de cette violence dont elle est la sujette, et qui lui fait perdre la cosmique régulation du nombre de l’humanité, cette méiose s’opère sans retenue ou sans régulation chez elle qui en est la détentrice.

Ainsi, comment ne peut-elle ne pas enfanter dans la douleur au regard du manque de nourriture, de soins, de l’obscurcissement même de son entendement du monde resté à l’état globalement rachitique dans lequel le patriarcat la maintient ? Quand un dieu patriarcal donne l’injonction à la femme d’enfanter dans la douleur (outre cette sorte de sadisme qu’elle contient), c’est que déjà la femme est maintenue dans un tel état physique (et conséquemment psychique) tel qu’elle ne peut QUE enfanter dans la douleur, par la dénutrition, le mauvais soin, etc. La femme qui a reçu dès les premiers de ses jours en suffisance les soins, la nourriture, etc., grandira, se développera de telle sorte qu’elle n’aura pas à enfanter dans la douleur, car elle ne sera pas petite, courbée, souffreteuse, rabougrie par l’usure de l’ouvrage esclavagiste. Le patriarcat, c’est donc l’affamement des besoins de la femme : c’est ainsi qu’il exerce la puissance de sa domination, c’est ce que je nomme esclavage.

Avec mon amie, nous discutions de ce conte d’Éros et de Psyché, dans lequel on trouve un nombre de contresens importants typiques du patriarcat, que l’on retrouve aussi bien dans le « péché » de Ève, que dans la manière dont la sexualité féminine a la possibilité de se poser dans ce monde, sinon que dans sa dégradation, un dénigrement de sa vérité mouvante.

Remis dans son contexte, je veux dire dans son histoire (son historicité), le fait que la femme donne une pomme à l’homme correspond à la clé du paradis qui lui est ouvert, car il va être mis à mort. Les temps anciens n’étaient pas tendres vis-à-vis de certains hommes : les consorts de la reine se devait de mourir pour renaitre sous un autre JOUR , parfois deux fois l’an, de sorte à correspondre à ces remontées de sèves, de vitalité, qui se remarquaient depuis des lustres aux équinoxes. On pourrait dire que l’éjaculation restait un mystère, assez grand pour tous, car elle était assimilée à une quantité d’événements cosmiques (la pluie, l’orage, l’eau qui jaillit et apporte la vie, la profusion, etc.) sans qu’on y donnât plus de précision, sinon qu’imaginaire, de l’explication qui puisse correspondre à satisfaire le moment, l’endroit, la géographie. Cette éjaculation pouvant être provoquée d’une multitude de manières (on connaît la pendaison, la masturbation, le dépeçage, la fellation, les drogues, etc.), ne présente absolument aucune autre utilité qu’une puissante imprégnation du mâle dans sa perte, et à la fois, le jaillissement, une forme de source vitale : l’eau qui irrigue les champs, etc.

Ainsi, quand Ève présente la pomme à Adam, il s’agit d’une référence ancienne où l’homme se devait de participer au monde par sa mort pour le renouveler : la pomme étant la clé du paradis (correspondant à l’ouest, là où l’étoile de Vénus, ou Aphrodite, ou Lilith, se lève pour apporter au monde sa bénéficiance). Le Jardin des Hespérides (ces pommes d’or) se situaient à l’ouest, au couchant, à l’étoile de Vénus (qui est une planète, bien sûr, mais les planètes ça brille d’une lueur particulière, cqfd). Ainsi, lorsque Ève, la fille de notre humanité, donne la pomme de la connaissance à Adam, c’est qu’elle SAIT de quoi il retourne lors de la copulation, c’est-à-dire de la relation entre le coït et la procréation. Adam, gourd comme sa bite, n’a rien compris (de là : le serpent), bien sûr, et il a fallu l’intervention de dieu pour lui expliquer l’affaire. Et dieu n’était pas du tout content que Ève se soit dotée de cette connaissance, car il pouvait s’agir alors la domination de ce non-dit sur le couple humain, à la fois quant à l’usage qu’il pouvait faire de la sexualité (c’est-à-dire le plaisir pour le plaisir sexué, sans l’immédiate procréation) et cette perte de pouvoir de dominer la femme car par son viol, il pouvait (et encore de nos jours) l’obliger à la procréation, enclaver la sexualité de la femme à la procréation.

Dans le conte d’Apulée, Psyché est accueillie dans le palais d’Éros et toutes les nuits, celui-ci vient lui rendre visite. Bon… si on suit le conte, on se demande bien pourquoi faire ? Car lorsque les sœurs de Psyché lui affirme de son amant est un monstre, si elle l’avait caressé, palpé, si elle avait retiré de lui du plaisir de chair, il est évident qu’elle saurait que son amant est loin d’être un monstre, sans doute bien moins beau que l’imaginaire ne puisse se le permettre, car en matière de réalité, rien ne vaut ce qu’on voit vraiment, encore que chez moi (suis-je si extraordinaire ?) le ressenti est de l’ordre du suprême. Ok ? Si Psyché n’a pas pu donner de chair à ses sens, c’est qu’elle n’en a pas usé, ce qui permet tous les *fantasmes* possibles ! C’est la porte ouverte à toutes les bêtises du monde, à toutes les monstruosités qui vaillent. Notre imagination laisse à penser que lorsque Éros vient visiter Psyché la nuit, ce n’est pas pour jouer à touche-pipi, mais à quelque chose de vraiment psychique : le contact aurien (le sublime de l’aura), comme je l’appelle, mais qui reste bien loin de ne pas induire le rapprochement sexuel. Encore qu’un tel contact demande un contact physique de sorte à se retrouver dans un éther qui mette en vibration le désir que l’on éprouve d’autrui. Le conte d’Apulée ne nous raconte pas l’histoire tant désirée d’un suprême de la relation des corps (Éros + Psyché), mais un enfantillage qui se voudrait adulé parce qu’il outrepasserait ses propres caractéristiques d’enfant.

Ainsi, Psyché désire voir son « amant » dont on se demande dans quelle mesure il peut bien l’être, puisqu’elle ne le connaît pas de TOUCHÉ, de contact. Il n’y a eu ni accueil ni intromission jusqu’au moment où elle le regarde avec sa lampe à huile (qui n’a JAMAIS été bouillante – j’en ai utilisé…) et où, curieuse, elle se pique avec une des flèches du carquois. Mais LÀ, Éros se « réveille », comme si il avait été contre son gré obligé de donner de sa chair, comme s’il avait éjaculé (Psyché est alors devenue grosse des ses « œuvres ») [il ne faut jamais oublier que l’éjaculation est une perte de soi, plus ou moins intense, mais une perte de soi – quand bien même elle est indispensable, obligée, inévitable ou le reste – liée à la sexualité masculine]. Le vraiment étonnant, est que Éros tombe malade de cette goutte d’huile qui lui tombe sur l’épaule droite (heureusement que ça n’a pas été sur le scrotum !). Car Psyché, dans son examen, n’aurait pas pu évité les organes sexuels d’Éros. Ainsi, on aurait voulu que tout restât de l’ordre du psychique, mais rien ne peut être sans la matière, sans les corps et ses désirs de mélange sexué.

(Je suis désolé de mettre en majuscule les mots que je considère importants, mais c’est une forme de souligné de souligné, pardonnez-moi, s’il vous plait. J’ai l’impression, parfois qu’il faut crier les choses pour qu’elle soient perçues, tant il y a de bruits totalement superfétatoires qui cachent tout ce qu’il faudrait se consacrer à regarder).

De ces organes sexuels, elle n’en a pas eu usage, jusqu’à ce moment de péché qui lui apporte la lumière de l’être, celle de la connaissance. Et pour cela elle est bannie du paradis, elle devra subir les violences du mâle et enfanter dans la douleur. La différence entre les périples de Psyché et ceux de Ève, c’est que la première reçoit une sorte de rédemption, ou plutôt, une « rédimation » (ça n’existe pas en français : ça vient de « rédimer » : racheter par l’extase).

Ensuite, Psyché, bien qu’épouse de fait d’Éros, se porte en esclave à la mère du puceau : Vénus. Je souligne que Vénus en demandant à son fils de porter aux gémonies Psyché, pratique une sorte d’inceste, puisque le produit de cette quête revient à copuler par son intermédiaire, à lui supposer la mort. Vous ne prêtez pas attention à ce genre d’inceste : baiser avec qui on ne doit pas par l’intermédiaire d’autrui, mais j’y apporte l’importance basée sur ce fait que la mère ne peut pas copuler avec Psyché qui est féminin et envoie son fils qui est masculin : cela ne me laisse pas indifférent, quoi qu’on puisse m’en dire : la vengeance de Vénus s’exécute par Éros, cela m’est évident, en demandant qu’il lui destine une flèche qui la forcerait à l’amour d’un plus moins que rien. Son coup n’a pas marché : Éros est tombé, lui-même, amoureux de Psyché, et on connait la suite asexué, pour l’instant.

Or donc, Psyché, au désespoir d’avoir perdu son amour à cause de sa naïveté éclairée, va se rendre en esclave à Vénus, à la déesse de la volupté des sens. Bien évidemment, cette déesse va « punir » Psyché en lui demandant de travailler, d’exécuter des tâches qui ne me sont pas restées anodines…

La première est de trier des graines… elle se fait aider de fourmis : elle est aidée des fourmis !

La seconde est de rapporter une touffe de laine de moutons sauvages : on ne parle pas de pubis, encore. Elle est aidée des roseaux causant, c’est-à-dire « pensant ».

La troisième, consiste à rapporter une eau d’une source inaccessible qui s’engouffre dans les insondables des Enfers : la cyprine ? Elle est aidée d’un aigle : elle atteint les airs.

La quatrième est de requérir de la reine de ces Enfers, un baume susceptible de rendre une telle beauté qui la rende indomptable (alors que Vénus est LA beauté indomptable !) pour mieux plaire à Éros, mais qui s’avère être un sommeil NON létal, dont elle est réveillée par un touché de la flèche de son « amant ».

À la différence de Ève qui n’a eu droit à aucune rédemption admise, Psyché est sauvée de son « ignorance » en prenant conscience de sa propre sexualité dans la masturbation (fourmillement, touffe pelvienne, cyprine de l’aigle, « mort » orgastique…) qu’on sait être son innocence sexuée (l’absence de contact sexuel : sexe contre sexe, l’un dans l’autre et remuant jusqu’à ce que « mort » orgastique s’en suive). Ève n’a eu que des souffrances : travail, malnutrition, dénigrements, avilissement de sa sexuation, de son expression sexuelle, de son désir de l’homme. Tout est devenu pornographie : l’avilissement de l’amour qu’éprouve la femme pour le sexe de l’homme. Et elle enfante, encore aujourd’hui, dans les affres du patriarcat. Psyché a été déifiée : société patriarcale pluridéiste contre monodéisme.

Bien sûr, je prêche pour ma paroisse. La forme actuelle qui demande un dépassement, ressemble à celle qui a réussi économiquement (on est encore dans le patriarcat) avec les religions chrétiennes , ne serait l’islam. Le culte de la virginité, du sang du dépucelage, la peur du sang œstral, l’exigence de la femme « pure », tout cela doit être balayé, par les actes, jusqu’à la débauche : ces macs sont cons (gourds aux sensations d’autrui), tout cela doit passer aux poubelles de la vie, au compostage. Ainsi mes sœurs, moi qui suis un mec, ne puis rien d’autre que vous encourager à foutre le bordel dans ce monde patriarcal qui ne vous respectera jamais, voudra sans fin vous faire violence, mais ne vaudra jamais votre beauté, votre vouloir, votre détermination et votre enthousiasme à vous retrouver telles que vous ÊTES : vous, le féminin en réunion !

Le « Garde-à-vous ! » du patriarcat

La structure caractérielle du patriarcat lui fera toujours opter pour le pire en place du meilleur ; et ceci, depuis qu’il existe. Ce sont les résistances qui lui ont été opposées, du fait qu’il implique un comportement reniant la liberté d’user de son bon vouloir, qui ont ralenti sa progression. On sait que l’usage de la puissance de la vapeur était possible dès les temples grecs, mais les hommes « libres » auraient eu à résoudre le mésemploi de leurs esclaves ; l’usage de la poudre noire a d’abord été récréatif avant de devenir militaire.

Lorsqu’on pense patriarcat et révolte du prolétariat, on s’aperçoit que ce prolétariat a toujours opté pour le pire de sa situation en place du meilleur. Bon, ce n’est pas lui directement, mais ces gens à qui il a donné son pouvoir de modifier son existence – et cela EST le pire des choix à faire, en matière de délégation. Évidemment, leurs délégués se sont empressés de détruire toutes velléité de liberté de leur mandants. Trotsky a tué la Révolte de Cronstratd, Lénine celle de Pétersbourg, et je laisse le reste à Mao ou Staline, sur ce sujet. Je veux dire : qu’alors qu’il était possible au prolétariat de se révolter contre les dictateurs (à quelques personnes près), il est resté passif : c’est la pire des solutions à adopter pour une révolution. Wilhelm Reich a choisi l’expression « Sitting on the spot », que je pourrais traduire par « rester le cul coller à la chaise » ou encore, « rester dans l’expectative » alors qu’il faut choisir la bonne décision.

Prenons l’agriculture : le pire des choix a systématiquement été adopté. En fait, quelque soit ce qui devait être choisi, le pire a toujours été adopté en place du meilleur. Et les personnes qui ont fait le contraire, sont prises pour des génies, avant d’être assez souvent pendues par le cou au bout d’une corde. Einstein a signé la lettre d’un gourdin sur les prétendues prétentions de Hitler en matière de bombe atomique, ce qui a déclenché Hiroshima, une ville de bois et de papier et de ses morts. Notre physicien en a pleuré, certes (et c’est vraiment louable d’admettre qu’on s’est trompé… ce qui n’est pas très fréquent…) mais trop tard.

D’un point de vue purement intellectuel, opter systématiquement (à de rares exceptions près) pour le pire en place du meilleur est étrange. Cela vous est-il arrivé ? Quelle disposition d’esprit aviez-vous alors ? Comment ce quelque chose qui vous a poussé à faire ce choix ne vous a-t-il pas posé la question « Pourquoi ? » avant d’arriver à cette conclusion misérable ? Le patriarcat est dans toutes têtes sous forme de morale, et ce sujet de l’interdit de faire le mieux paralyse toute volonté de se battre contre le pire. Je le sais ! Je suis passé par là, et il me semble même que j’y suis encore…

De sorte que les « résistances » organisées, se modèlent sur la structure patriarcale, c’est-à-dire, optent (encore une fois) sur la structure que le patriarcat impose à tous. Il y a peut-être les Surréalistes et les Situationnistes qui sortent du lot, et quelques groupes de-ci de-là. Le livre « Maintenant » remarque que cette structure (sans la nommer, sinon que sous forme de « royalisme » – je ne déforme pas leurs mots) infiltre toutes les organisations, des associations au club de foot, des clubs pornos au association de sauvegardes des chats en périls. Moi, je nomme cette manière de faire « patriarcat » pour l’éclairer des feux de la honte, car ce comportement est, selon moi, obsolète. Mais peut-on s’en défaire ? Au moins, éclairé, on le remarque, lui et ses lourdeurs, ses fadeurs, ses tics et son toc, ses trucs et son troc, son amour du fric et son froc.

Les organisations « révolutionnaires » de types « terroristes » se révèlent comme patriarcale : le plaisir comme profond partage n’y est pas : à quoi correspond leur jouir ? Est-il divisible ? À moins de sauter une barrière qui oublierait la violence offensive, ce genre de comportement n’apporte pas de positif manifeste : le prolo qui n’en peut déjà pas beaucoup quant à la révolte contre sa condition qui consiste à vendre son temps pour produire des objets sans intérêts sinon que pour son patron qui en extrait une plus-value, c’est-à-dire subit un procédé de mesquinerie en marche sans pouvoir s’en remettre à soi-même évitant de comprendre qu’une contrepartie est impossible et qu’il lui faut trouver par lui-même la solution à sa propre condition, collectivement, n’y comprend rien : qui attaque qui ? quoi ? comment ? quelle bestialité pour quel but ? Ces organisations ne saisissent pas les forces de communications en présence, la leur et celle du patriarcat, et ne saisissent pas corrélativement la faiblesse des arguments de la leur, car ils n’attaquent pas, immédiatement et directement, le patriarcat, mais un flanc de ceci ou de cela : ils enlèvent un anatife d’une coque qui est restée six mois à l’eau et disent qu’ils sont en passe de résoudre le problème de l’aliénation de prolétariat. Le bateau, au bout de dix ans, sera remplacé par un autre, plus performant, et ils auront enlevé dix anatifes d’une coque destinée au feu de cheminée.

La Zengakuren a tenté effectivement de dépasser la sexualité imposée par le patriarcat, mais elle y est vite retombée, car la structure caractérielle de chacun de ses membres, principalement des chefs, n’a pas permis (du fait que le patriarcat implique le chef) de se défaire de la domination du mâle sur la femelle pour un assouvissement qui relève du fantasme d’une non-domination ; encore que la féminité est d’une grande souplesse face à l’adversité, pour pouvoir jouir de la vie, malgré tout. Beaucoup de gens ont tenté de se défaire du patriarcat et de sa sexualité débile, mais n’y sont pas parvenus, car la structure caractérielle du patriarcat implique le chef ou la chèfe. Ils ne savaient pas (elles non plus) qu’ils s’attaquaient à l’émotivité de béton spécifique du patriarcat et ne connaissaient pas sa structure caractérielle qui « correspond à la globalité des attitudes caractérielles qu’un individu développe comme défense contre les excitations émotionnelles. Elle est la résultante neuro-musculaire comme adaptation de la personne à la rigidité de son environnement affectif, un compromis totalement intégré tant du point de vue de la musculature que du système nerveux entre les pulsions d’allant vers le monde, et ce que celui-ci lui tolère de plaisir et sous quelle forme ». Il n’est pas du tout facile de se défaire des attitudes caractérielles qu’on développe comme défense contre les excitations émotionnelles, j’aurais pu dire « sexuelles », mais ça n’aurait pas passé sur wikipédia. Car, à chaque fois qu’on atteint de manière paire l’orgasme, on se pacifie, du même coup et en matière de terrorisme, tout tombe à l’eau ! Il faut garder une rigidité (il nomme cela une « rigueur ») pour atteindre ce but de vouloir soulever les masses qui ont le cul collé à leur chaise, par l’exemple d’une violence dont elles sont incapables, car elles savent, que c’est la mauvaise option, la pire, elles résistent !

Tout dernièrement, pour se mélanger au commun des mortels, on a vu des terroristes qui s’octroyaient le pouvoir de ne pas répondre en termes circoncis à ce que leur religion exige d’eux : alcool, « femmes », drogues, etc. ; le faux-cul total… et le gouvernement patriarcal prend avec le même sérieux ces gendres du patriarcat, comme il prendrait au sérieux les exigences d’un syndicaliste dans ses revendications salariales en vue de briser une grève, pas même sauvage, qu’il a organisé, lui. C’est en prenant un petit peu de retrait que les connivences sautent comme un nystagmus, à l’exemple de ce que les Pinçon nomment le « soutien mutuel inconditionnel des riches », de ces organisations patriarcales (c’est-à-dire, mes enfants, dotées de chefs qui pensent pour vous qui refusez de penser et de l’affirmer contre eux) entre les journalistes, les syndicats, les avocats, les partis politiques, les patrons, les commanditaires et j’en passe. On le sait… ne l’oublions pas.

Les résistances au patriarcat ont été véritablement multiples et multiformes. J’ai souvenir de ces Nonnes qui parcouraient, en l’an mille, les routes pour donner l’amour phyique aux hommes car Jésus est amour… bien évidemment, ça n’a pas duré longtemps, non pas seulement car il s’agissait du thème millénariste, mais parce que le patriarcat n’a pas du tout apprécié la démarche. La Commune de Cronstradt, mes frères, est pour moi l’exemple nickel de ce que j’attendrais de la vie sociale humaine : ce qui distinguait un prisonnier d’un homme libre, c’est que ce dernier avait droit de porter une arme, et le point quinzième de leur programme stipulait que quiconque pouvait avoir d’ouvrier, sinon qu’associé. Bon… moi j’ai pratiqué et j’ai bien vu que les gourdins qui n’avaient rien compris à la responsabilité de la liberté du vivre ensemble, ne veulent pas, mais alors pas du tout, changer de situation, mais le projet est vraiment louable à grande échelle… ne vouloir pas être chef est une drôle de disposition pour les gourdins.

Le patriarcat ne comprend pas la vie sans chef : il ne s’agit pas d’un « leader » au sens de Wilhelm Reich, mais du chef, de celui qui commande, non pas de la personne qui, à un moment et comme fortuitement, focalise les intentions d’un ensemble qui s’y retrouve, non : DU chef. Et ça, c’est rédhibitoire pour toute entreprise de libération de la sexualité patriarcale, du plaisir que nous éprouvons, ma chérie et moi, ensemble à l’usage de nos sexes, prolongement de nos moi dans nos moments de tendresse. La peur qui angoisse le moindre mouvement vers l’expression sexuelle généreuse, demande qu’elle soit commandée : à la commande, dans l’impérieux du prépayé, dans l’exigence que permet le dispositif et dans l’impératif de l’ordre : le patriarcat !

La majeure partie des contraintes du patriarcat sont assumées par le femme. Je ne connais le christianisme que par Hegel et Kierkegaard, c’est-à-dire de loin… enfin de proche et de loin. Chateaubriand a fait un truc comme une « éloge » de cette religion… pas lue. Mais il en reste comme une effluve dont on se nourrit, comme les Gens de la lune de Cyrano. Et ce qui persiste est comme un goût que pour atteindre ce qui vous paraît légitime, il faut traverser les affres de la souffrances. Sade en est l’exemple même, le pauvre qui n’avait que sa prison pour branlette : il transformait, suivant la structure caractérielle du moment, ce qu’il ne pouvait atteindre en haine de ce qu’il aurait voulu atteindre : c’est le schéma de l’impuissant, du bande-mou qui passe pour évident qu’il soit si malade en normalité. Qu’il reste un exemple des « sadistes » met en évidence que le plaisir libre ne peut être atteint chez eux que dans la souffrance qu’ils éprouvent à le voir si libre, hors des chaînes musculaires qui les enclavent. Le patriarcat c’est la souffrance du plaisir, si tant est qu’on puisse avoir du plaisir à souffrir. Regardez le sacrifice d’Abraham : ton fils tu ne tueras point sinon qu’en le circoncisant, et un bélier « pharmakos » y suffira à peine. A-t-on pensé qu’un Christ en croix ne peut se toucher à cause des clous qui retiennent ses mains ? Le plaisir chrétien se voudrait de pensée, voudrait n’atteindre jamais l’exigence des organes vitaux externes et internes destinés à leur rencontre, comme dans le film « La nuit de l’iguane », se chercher en s’évitant, les maracas aux oreilles, l’alcool vous portant presque à l’ivresse soulevée par sa rencontre, pourtant.

Le patriarcat recèle (c’est impératif pour lui) une indissolubilité, une structure de base semblable à ces ossatures d’épaves qu’on trouve en fond de mer, servant d’abris à une faune exotique, ou plutôt comme ces squelettes déchiquetés par les hyènes et les vautours (ces purificateurs du monde) qui, bien que blanchis par l’ardeur des soleils tropicaux, persistent à vous montrer leur canevas pérenne dans des contrastes de l’ombre des contrejours savaneux. Il a une charpente que nul ne voudra facilement se défaire, car c’est celle-ci qui vous a permis de vivre jusque là sans les encombres d’une angoisse qu’on aurait voulu savoir déjà résolue par l’adoption de cette modalité vitale. Le bénéfice de la maladie est l’absence d’angoisse, c’est la solution de l’angoisse dans une perte d’énergie engrossée dans la rigidité de votre musculature et de votre système nerveux autonome, acquis. C’est la solution de la dépense de l’énergie excédentaire que la vie vous fait vivre par la respiration, la nourriture, le mouvement, l’excitation, par la rigidité, une sorte de minéralisation de l’organique. Cette forme d’entendement (la minéralisation de la vie) vous demande de se retrouver dans la réalité du monde, comme artifice, dans le robot : une machinerie qui vous imiterait dans le mouvement que vous vivez de vos mouvements : mécaniques. Je ne saurais mieux souligner cet aspect du patriarcat dans son incapacité à trouver une réponse « meilleure » à sa situation qu’en pire : la mécanisation du monde, de la vie. Certes, cette mécanisation de la vie sursoit au manque de communication des êtres entre eux, mais elle reste un moyen mécanique de solutionner – sans le faire, sinon qu’en manifestant foncièrement les malversations que subit la femme – le problème de l’accord, de la générosité qu’interdit, structurellement, le patriarcat. J’ai un jour proposé que suivant le principe que toute chose contient son contraire, la dialectique matérialiste n’était que la recherche par ses contraires d’un retour à la quiétude d’une entité qui s’était malencontreusement divisée en deux. Le temps humain désemployé du salariat et de ses sous-fifres peut approcher une solution au problème de son bonheur sexué que le patriarcat refuse.

 

Les ornières du patriarcat

À Yolène, pour sa gentillesse et sa patience, pour sa générosité

La haine du patriarcat pour la femme fait la une quotidienne des journaux : ne serait-ce que cette quotidienneté, c’est ce qui fait à minima sa définition, ce qui donne à minima sa forme.

En décrivant la femme comme l’origine du malheur du monde (Ève n’a-t-elle provoqué l’homme au péché ?), il se perpétue en traçant cette caractéristique comme les roues des chars les sillons parallèles sur la route du temps. Encore que cette haine ne soit pas seulement dirigée vers la femme, mais aussi vers l’enfant, car le patriarcat déteste la vie dans son expression débordante, et l’enfance qui croît lui est insupportable dans cette générosité dont elle a besoin pour se développer.

Alors, il faut bien être clair un jour quant à l’action véritable du patriarcat sur nos vies : il commence inexorablement, inévitablement et de manière indispensable et impitoyable par la répression de toute forme libre dans les manifestations de la vie. Cela commence par la naissance dans des lumières aveuglantes, par la séparation des nourrissons de leur mère à la naissance, par leur emmaillotement qui n’est pas si vieux puisque j’y ai échappé de peu, par la circoncision, par la maltraitance nutritive (privation du sein, de tétée, de dessert, etc., obligation de manger de ceci et de cela et interdiction de goûter à cela et ceci) et l’interdit de la masturbation satisfaisante. Si on ne conçoit pas que ce que je viens de dire sont les bornes que le patriarcat pose à la vie, on a déjà passé son chemin et fermé cette page pour lui sombre et peine de poisons.

De fait, nous devons redéfinir toutes nos relations sociales sur cette base que le patriarcat abhorre : la sexualité. Il ne s’agit pas bien sûr de faire du monde un lupanar… qui est un résultat du patriarcat et nous ne connaîtrons pas immédiatement l’orientation différente à moins de tâtonnements têtus, d’erreurs obtuses et d’égarements hébétés. Mais à bien regarder notre monde, le présent surtout, on voit très bien ce qu’il ne faudrait pas faire en sachant que le laisser-aller expérimental qui sera alors vécu comme une déduction de ces observations, ne donnera pas l’immédiate solution, mais ce qu’il faut éviter pour éviter d’y retomber.

Les féministes, par exemple, vont écarter le sexe mâle. Il y a plusieurs stratagèmes patriarcaux pour séparer les êtres, faire en sorte qu’ils « jouissent » individuellement du temps qui passe et l’un d’eux est la marchandise : la transformation de tout, absolument tout en objet destiné à l’échange. Mais qu’est-ce que l’échange : l’échange c’est la passation d’un objet contre la passation d’un autre. Ainsi, par exemple, Mauss a déterminé le don et le « contre-don ». Cependant, l’absence d’échange n’est pas le contre-don, mais l’accueil. Sur une île, il y a des jardiniers et des pêcheurs. Chaque ou presque chaque jardinier est en relation d’échange (il n’y a pas d’autre mot ! le troc ne convient pas davantage) avec un pêcheur et réciproquement. Il n’y a qu’une personne en relation avec une autre personne. Jamais il ne regarde pas la quantité d’igname ou de poisson « «échangés », jamais : ils se servent de ces objets pour exister l’un par l’autre à travers ce qui n’a pas de nom d’échange : l’amitié (la générosité est ce qui ne se compte pas entre les amis). Si un jour, ils comparaient, comme dans l’échange marchand, les quantités, l’amitié disparaîtrait, car il ne peut jamais y avoir d’équivalence d’objet sinon qu’en passant par la valeur qui se matérialise dans l’argent. Et l’intention profonde de satisfaire l’amitié à travers son action sur autrui est sans équivalence, sinon que l’égalité entre les amis. Non pas que le jardinier donnera toujours au surplus (comme dans la théorie de Mauss sur le don et le contre-don qui aboutit dans ce cas au potlach, une forme de démesure), mais ce qu’il faut, car le surplus n’est pas indispensable et le peu est, dans l’amitié, ce qu’on peut faire de meilleur.

J’ai eu la chance de pouvoir me souvenir d’avoir vécu ce mode de relation à travers (ou par l’intermédiaire de) l’objet : c’est la manière innée de l’humain de l’utiliser : l’amitié. On ne voit pas le jardinier et le pêcheur s’échanger en un endroit (le marché) leur deux marchandises, non, on voit le jardinier apporter ses ignames au pêcheur et, dans une alternance aléatoire mais responsable, le pécheur apporter son poisson au jardinier, et comme le dirait Voyer « Ça bavarde », ça a plaisir à bavarder : l’échange de l’amitié est là et non pas dans un objet investi d’une valeur. La valeur est ici du vent : le bavardage. Il y a deux occasions de bavarder, alors que dans l’échange marchant, patriarcal, il n’y en a qu’une et l’autre se passe dans les têtes des deux protagonistes, qui, une fois séparés, se demandent s’ils ont fait ou non une « bonne » affaire, c’est-à-dire s’ils ont, chacun d’eux, bien baisé la gueule de l’autre. Ici, le soliloque est la mesure de l’échange, cette valeur introduite dans l’objet comme comparaison d’objets.

Quand je fais une chanson et qu’elle est belle, je donne une mesure de cette amitié, car je ne peux pas l’échanger contre un autre objet avant que mon auditoire ne l’ai écoutée et appréciée. Bien sûr, il peut y avoir quelque part une équivalence dans la puissance de cette appréciation à partir du plaisir ressenti à l’écouter, mais moi, je ne fais pas une belle musique pour trouver cette équivalence, mais parce que c’est beau et agréable à écouter, c’est éphémèrement beau et le souvenir (le soliloque) n’a pas de comparaison, sinon il se dépréciera, il perdra son goût précieux de plaisir ressenti il y a un instant. Je n’y peux rien, personnellement, lorsque je fais une belle musique, car elle émane de moi comme mon souffle : je n’y peux rien, car je suis obligé de respirer. C’est comme si j’étais un jardinier : j’ai plaisir à voir mes plantes croitre ; et le pêcheur, plaisir à voir frétiller son poisson dans son panier : le plaisir n’est pas seulement là, mais aussi tout à l’heure et on va le partager, le diviser. Le patriarcat ne cherche que la multiplication.

Partons de l’envers : le vol ou le dol. On comprend tout.

Il manquera toujours au patriarcat un accessoire, pour n’importe quoi qu’il fasse (et qui est loin d’être universel, qu’on se le dise), qui sera sans fin d’assoir son autorité (sbire, bâton, couronne, trésor, stock, …) : l’argent. L’argent est un élément indispensable à l’échange. On a saisit l’importance de cet échange qui va matérialiser l’argent, lui donner sa substance, car sinon, ce n’est qu’un objet comme un autre, disons, un morceau de papier, actuellement, en gros. L’argent a besoin de l’échange et l’échange est la disposition d’une relation entre deux personnes, disposition de laquelle l’amitié est bannie. Les deux personnes se disposent à échanger car elles sont disposées à procéder ainsi, affectivement : c’est dans cet échange qu’affectivement elles trouvent une satisfaction dans la relation – mais, comme on l’a dit, avec soliloque. D’ailleurs, dans de telles conditions, sans échange possible (pas assez de « richesse argenteuse », par exemple, ou bien n’ayant que la force du passage de son temps comme objet, pour entrer dans ce système social du patriarcat), la personne devient folle car elle ne cesse de soliloquer, de tourner dans sa tête sans la matérialisation possible d’une amitié. Je connais des gens qui préfèrent devenir fous, psychiatriquement parlant, plutôt que d’aller travailler, c’est-à-dire, échanger la force du passage de leur temps contre cet argent, « l’objet de tous les objets » (K. Marx, bon… il a parlé de « marchandise des marchandises », c’est presque pareil…) qui leur permettra ensuite d’échanger ce qui entretiendra de près ou de loin, cette force de vie qu’est le temps, le leur. Beaucoup en sont réduits à trouver une amitié dans des objets spécialement conçus pour cela, à mesure que l’emprise de la marchandise nous séparent les uns des autres, masculin et féminin, et une multitude d’autres, donc le commerce se régale, choisit des « animaux de compagnie » qui ont à leur yeux plus d’importance que leurs congénères et sont près à tuer pour cela, tant ces congénères ont perdu tout accès à une porste ouvrant sur un plaisir, à moins d’échanger sur ces animaux. Et, pareillement, d’autres se servent de ces animaux pour gnaquer les ceux-ce qui oseraient s’attaquer de front à la marchandise dont ils sont chargés par ceux qui les payent de « protéger ». Le mot garde un goût amère lorsqu’on parle d’affection, comme une morue mal dessalée qu’un tas de pomme de terre ne saurait adoucir.

La maladie sociale effective du patriarcat est de deux sortes : ceux qui commandent et ceux qui sont commandés. Ce n’est pas seulement une question de QI, mais aussi de mépris pour autrui (il n’y a pas de coefficient de mépris, bien qu’on cherche à mettre en avant un coefficient de je-ne-sais-plus-quoi sensé être plus positif, ha oui : d’affectivité, qui est sans doute, l’inverse du QM mais encore coloré du teint de la marchandise). Le mépris est culturel, et il n’y a actuellement pas d’autre culture que le patriarcat. Le mépris est assez bien accepté comme outil de profession : flic, militaire, cambiste, mais c’est général : il est partout en tant qu’élément relationnel. Le mépris est indispensable à l’échange comme base arrière du soliloque auto-suffisant. Je n’ai pas la méchanceté d’affirmer qu’il est une relation consciente à l’autre, mais il se manifeste beaucoup dans l’ignorance de l’autre, comme si l’autre n’existait pas, ce qui est une forme de mépris, un peu plus pardonnable, mais aussi délétère. La pollution engendrée par l’activité de chacun de nous, camionneur, cultivateur compensé, marin-pêcheur, et j’en passe, détruit autrui, directement ou indirectement : ici il n’y a pas de mépris immédiat de la personne, certes, mais autrui a disparu du champ de son action à soi sur le monde. Un paysan propriétaire de deux à quatre cents hectares qui pulvérise sur ce qu’on mangera des produits uniquement issus du pétrole pour « aider » une plante dont il a ôté la puissance vitale l’année d’avant avec les mêmes produits ; une nourrice qui sert trop un maillot ; un gynécologue qui recoud plus étroit une épisiotomie ; un urologue qui ne comprend pas qu’un spasme chronique de l’uretère dû à une expulsion d’un lieu de vie qu’on a chéri et où il faisait bon faire pipi va endommager un rein par l’accumulation des graviers qui vont s’agréger en lithiases ; l’extrême puissance, impétuosité et urgence de la sirène d’un pompier dans les oreilles d’un nourrisson ; saccager par la tronçonneuse et la chimie des espaces vivants pour du métal ; un policier qui ne voit pas dans le rictus d’un dérangé affectif la souffrance qu’il occasionne en prenant sa défense sociale alors qu’il détruit incidemment le voisinage qui l’a appelé à son secours ; un légionnaire qui éventre la femme ennemie ; celui-là qui endurcit l’enfance pour la rendre cruelle ; le marin-pêcheur qui découpe un mammifère marin et s’étonne de voir sa souffrance dans ses yeux ; l’entrepreneur qui assèche une rivière pour revendre des bouteille d’eau issue de puisage de la nappe phréatique qu’elle avait pour source ; un gugus pétri de pouvoir qui ordonne uniquement pour affirmer ce pouvoir, le largage d’une bombe atomique sur une ville de bois et de papier ; cet autre qui infeste cette autre des résidus des produits nécessaires à la fabrication de « médicaments », ces molécules à valeur ajoutée ; ces milliards de tonnes de pétrole extraits du sol injectant le carbone d’il y a des millénaires dans le présent qui en regorge à en puer, à en acidifier l’eau des océans, et celle de la pluie qui dissout les coquilles des escargots dont se nourrissent les mésanges pour composer leurs œufs alors insuffisamment épais pour donner naissance à une forme de vie dont on peut se poser la question si elle n’est pas plus ancienne que cette « race humaine » patriarcale. Comme l’angoisse, l’obéissance est indispensable aux animaux, mais comme l’angoisse, elle devient maladive lorsqu’elle ne permet plus d’échapper à l’échange, de faire de l’échange de soi un argument de survie aussi solide que la rigidité musculaire qui vous sépare de toute empathie d’avec le monde, quel qu’il soit, minéral, végétal ou animal. La maladie réside en ceci qu’on se cache derrière un argument autorisé par celui qui commande pour exécuter cette malveillance. Et celui qui commande a les doigts propres car c’est un autre qui le branle à sa place, je veux dire qu’il reste la conscience pure (« sans tache de sperme » dit José Famer, quand il parlait de l’Immaculée) car lui n’a rien exécuté, il n’a fait qu’orienter l’autre qui possède, n’est-t-il pas, le libre arbitre de ne pas aller à un travail qu’il n’aime pas, sous peine de devoir en trouver un qui lui plaise par choix d’un moins pire, puisqu’il est né sur ce cailloux à propos duquel il s’empresse ne ne rien comprendre.

Les deux aspects de cette même maladie, on l’a vu, est un jeu de dupes, encore qu’il y a des dupes plus dupes que les autres, car leur centre névralgique, et même ce qui donne l’énergie à ses nerfs, c’est le patriarcat. On s’est fourvoyé en disant que le patriarcat est une « idéologie », ce n’est pas une idée du monde, c’est une pratique musculaire du monde, c’est LE monde dans lequel nous vivons. Le patriarcat est une adaptation au monde telle qu’elle en est devenue une cuirasse pour se protéger de toute émotion vivante et la représenter dans une image de la vie vivante, palpitante, frémissante : le patriarcat hait la vie sous la forme de vie, il doit la mettre dans la prison de sa musculature rigidifié par la peur de soi, d’autrui et du monde, dans la carapace d’une image du vivant. C’est un stade infantile qui n’a pas reçu (et pour cause : nul ne peut la transmettre, faute d’en avoir reçu le goût, sachant qu’il s’est tout autant séparé de toute sensation sexuée que ses ancêtres) la protection nécessaire pour la dissoudre et devenir adulte, mature. Le patriarcat ne peut que détruire la vie, car il ne peut supporter qu’elle vive : le résultat est LÀ, dont le degré quarante centième est le signe le plus visible. On sait qu’on va à la catastrophe, mais le patriarcat ne peut rien faire : il est paralysé par sa propre structure et ne pourra que mourir, comme le parasite sur son hôte, qu’avec le monde qu’il aura détruit. On ne verra jamais un cambiste se remettre en question pour « sauver le monde », pas plus qu’un médecin, qu’une centrale nucléaire, qu’un président ou un député de la république en marche, un conseiller municipal, un président d’association, un végan ou un militaire. JAMAIS ! Tous sont séparés de la vie par une image dont le support qui la reflète est le patriarcat.

La voracité ogresque d’énergie du monde humain est démentielle, diabolique : plus elle est dévorée et plus il en demande ; exponentielle comme la haute de la température du globe. C’est le pendant de cette démesure de vouloir tout posséder parce qu’on est en manque, qu’on se sent en manque et que cette sensation est insupportable. Ce manque est affectif, bien évidemment, et qui dit affectif, dit expression sexuée. Le fait que la femme soit un objet, objectivée, qu’elle est le regard de toutes les possessions (outre sa beauté, mais l’homme est beau lui aussi, lorsqu’il n’est pas si rigide) depuis sa mise en esclavage, depuis ce qui spécifie, désigne et dessine le patriarcat, nous donne une mesure identique de l’ampleur et de la spécificité de cette maladie. Plusieurs religions justifient d’avoir plusieurs femmes et il y en a d’actuelles, tout aussi rudes, intransigeantes et dégradantes pour nos compagnes. Le mariage est la mise en esclavage de la femme, on le sait, même si cela évolue depuis peu. Oui, la femme aime la protection, et c’est peut-être une raison pour laquelle elle se prête à cette cérémonie de soumission, en pensant qu’elle échappera aux mailles de ce filet. Mais la contrainte sociale sera toujours là, qui est patriarcale, et encerclera les possibles de liberté expressives de la spécificité féminine dans les cercles mondains de la civilité du même genre. Aujourd’hui elle travaille, comme l’homme quoi que moins rémunérée et à des postes de moindre responsabilité, mais le travail c’est du patriarcat !

Le pendant de cette femme qui n’en peut pas est celle de la salope, cette femme qui sait assouvir sa faim sexuelle que les autres étouffent pour ne pas le paraître, puisque ce que laisse cette société patriarcale de la sexualité de la femme est la reproduction (une religion, encore actuelle, lui interdit tout rapprochement sexuel une semaine avant, pendant et une semaine après l’écoulement de son sang œstral). Cette faim sexuelle, je veux dire de « satisfaction sexuelle » est aussi présente chez elle que chez l’homme, et pourtant la voir nue ou en petite culotte est toujours un scandale. Non pas que je veuille voir toutes et toujours les femmes nues, non, je parle du scandale qu’elle exprime selon les critères du patriarcat une sexualité dégradée et qu’on en fasse scandale encore. Dans la morale induite par le patriarcat, la femme est l’objet de désir par excellence, la marchandise qui, si elle pouvait être échangée, remplacerait l’argent (c’est pour cela qu’elle est prostituée : pour sa valeur sexuelle, et cette valeur sexuelle est d’autant plus importante que sa propre faim reste inassouvie, et en conséquence celle de l’homme, mais surtout parce que l’homme non plus n’a pas de satisfaction sexuée). La faim sexuelle de la femme est cent fois plus étouffée que celle de l’homme, qui doit rester dominant, alors que sa propre faim est éduquée pour ne pas recevoir de satisfaction. Wilhelm Reich a fait scandale (et le fait toujours) lorsqu’il affirme qu’il n’y a qu’une affectivement saine qui puisse accèder à l’orgasme, ce qui équivaut à dire que sexuellement malade, une personne ne peut pas avoir de satisfaction et qu’ainsi toute l’énergie qui aurait dû se dissiper dans la satisfaction sexuelle alimente les psychoses, névroses, schizophrénies, et autres borderlineries. Le soliloque est alimenté par la solitude sexuelle. La véritable séparation (affective, sociale et sexuelle) réside dans l’impossibilité et l’incapacité des deux sexes de se rencontrer de manière satisfaisante, sans douleur, sans souffrance, amicalement. Que ce problème de rencontre soit traité par un masculiniste ou une féministe, il reste inabordable, car ces personnes sont déjà séparées et ne veulent pas changer d’état : elles sont satisfaites de leur situation de soliloquerie. La faim sexuelle n’existe pas pour le patriarcat, seul existe le « travail ». Pour que le « travail » trouve une résonance dans les esprits, qui soit suffisamment puissante jusqu’à devenir une morale, une trémie de pensées, la faim sexuelle doit être ignorée, conspuée, dégradée, avilie ; et le « sexe faible » en fait les frais, toujours, partout, par tous les moyens. Il n’y a pas de faiblesse sexuelle, on le sait, mais on n’est toujours pas sorti de cette morale sexuelle patriarcale, morale qui, loin de sanctifier la rencontre, sépare les unes des autres et inversement. Étant soi-même brimé, il n’est pas facile de percevoir les brimades que revoit la faim sexuelle, dès le moment où on s’aperçoit du plaisir d’être pourvu d’un sexe, femelle ou mâle, par le ressenti ! La violence se précipitera pour que cette auto-sensation du plaisir (on commence par soi pour aller vers l’autre : c’est en sachant correctement ce qu’est l’orgasme de la masturbation qu’on sera attentif à « partager » ce plaisir, comme on dit, c’est-à-dire, sortir du soliloque pour écouter autrui lorsqu’il est indispensable pour une telle rencontre : l’orgasme) disparaisse au plus vite et se change en son contraire : la crainte d’autrui. Nous resterons alors coincés à ce stade « anal » de la perception de soi et toute une flopée de justifications devra émerger comme morale anti-sexuelle pour trouver à une telle maltraitante une « raison d’être ». La structure mentale rejoindra la structure caractérielle, cette crispation musculaire d’abord volontaire pour devenir ensuite « inconsciente », neurovégétative, permettant de ne plus ressentir sa propre faim de satisfaction sexuelle. Tout devient normal : le stade anal est la normalité de cette société. La notion de « pur » de cette société ne consiste qu’en le reniement de ses déchets ; c’est-à-dire qu’en imposant l’asexualité comme norme sociale, le patriarcat impose aussi la production de déchets ingérables, invivables, délétères, mortifères. L’intelligence est bloquée par cette morale de sorte que l’intégration au monde, à son monde-même – l’humain ! – ne puisse s’opérer que « pur » : l’ignorance crasse de son action sur le monde : « Heil ! Dictapure ! ». Ainsi, ce qu’on nomme « orientation sexuelle » n’est qu’un leurre : il n’y a « d’orientation » à la sexualité que d’aliénation de la sexualité. La faim sexuelle, particulièrement féminine, doit être ignorée par le patriarcat pour qu’il lui soit impossible de trouver un aboutissement hors du viol, de la violence, de la meurtrissure, sinon c’est la fin du patriarcat. Ainsi, va amèrement se présenter à l’encontre de la rencontre, l’opposition entre le travail et l’amour auquel il faut, physiquement, consacré un bon bout de temps en étant non seulement désirant, mais aussi relativement frais. Le temps du soliloque n’est pas le même que le temps physique : le premier est destiné à n’avoir pas de notion de durée, le second doit se vivre dans le temps, le temps doit lui traverser les chairs. Et ici la « liberté » ne peut être de mise, car le choix n’est plus donné d’être disponible lorsqu’on a passé plus du tiers de sa vie quotidienne à « travailler » et un bon dixième à s’y porter et à en revenir, sans compter celui indispensable pour prendre soin de soi. Outre l’abrutissement, la fatigue est un déchet du patriarcat, un plan affecté à la séparation. Cette faim sexuelle se montre dans la « gestion » de la société par le capital qui est le fer de lance actuel du patriarcat : on la montre dans la femme en petite culotte de sorte qu’on ne sache plus quel est l’objet : la femme ou la culotte ; les deux sont ici des objets. Outre que la culotte précise une fois encore le besoin d’un accessoire du patriarcat, cette image reflète dans les yeux brillants le désir inaccessible, car lui aussi est devenu un accessoire de la vie, obtenu par l’accessoire, une valeur d’inaccessibilité. Dans cette image qui modèle la vie en publicité et la publicité en mode de vie, la femme se trouve « valorisée » sexuellement, elle trouve une valeur sociale, séparée d’elle-même où sa fonction est de rester une image désirable, par les yeux, dont la consistance se retrouve dans la seule transmission de rayons lumineux : comme si d’une image pouvait émaner une émotion en résonance de celle qu’éprouve le spectateur. Et que ce spectateur s’en satisfasse prouve la froideur de son émotion qu’il vit comme une image. Le patriarcat a besoin de la femme comme image : elle restera sage et l’homme s’intéressera au papier qui lui permettra d’en obtenir des « services » sexuels. La morale patriarcale ne peut faire de la femme autre chose que son objet publicitaire. La prostitution est une vue dégradée de la sexualité féminine, de sa faim de satisfaction sexuée, et quand elle prend en main cette vertu de la vie, elle est à nouveau dégradée par des mecs qui n’en peuvent pas. Elle devra assumer une position, comme ailleurs, qui sera un compromis affectivement foireux qui trouvera vite à se fatiguer, comme un syndicat laisse pourrir une grève, et à revenir dans le giron froid de la normalité sociale. Car, à ce problème de la satisfaction, il faut trouver des hommes qui y correspondent, et comme ils sont à 90 % les co-rédacteurs de cette société, le nombre reste mince d’accéder à un proche ; le reste n’ayant retenu de la leçon qu’ils sont reçue que la mollesse, la violence ou le mépris. Au surplus, la petite culotte est la représentation du fétiche qu’est devenu la femme : ce qui était directement vécu par elle, s’est changé en une représentation. Mais ce fétichisme n’est pas l’innocence individualisée du patriarcat, il est son substrat : le patriarcat ne peut poursuivre son existence qu’on proposant à chacun et selon son caractère, son adaptation au patriarcat, un fétiche qui lui permette de tolérer vivre des représentations en place de son vécu. La concomitance des temps entre l’analyse du fétiche par Freud et par Marx, à la même époque est amusante : ici, son caractère « sexuel », là, son caractère « sociale ». Et, juste à la génération suivante, la jonction entre ces deux caractères par l’intervention psychanalytique (et de ce point de vue, seulement celle-là) de Wilhelm Reich. Personne depuis, à part quelques ivrognes, n’a donné de progression à sa description « intégrée ». Toutes les théories depuis la naissance de cette concordance ont évité toutes de toucher au fétiche qu’est la femme, la spécificité de la valeur, ce qui manque et est pourtant en abondance. Car si la valeur est une morale, elle est un apprentissage individuel : c’est soi qui en paye le prix, au prix de la résignation de sa faim sexuelle. Qu’on parle d’une force d’un au-delà, d’un Céleste Souffle divin ou d’un Céleste Couple divin, je m’en moque : chacun veut vivre au mieux et selon son courage sans angoisse et celle de se demander ce qu’on fait ici en est une, solvable par ce moyen. Par contre, qu’un seul dieu qu’on ne voudrait – sans doute par honte et par désir de s’en faire le représentant pour amplifier la puissance terrifiante de son image – pas mâle, fétichise la femme et, corrélativement, tout ce qui fait le monde : le monde ne contient plus alors qu’une valeur multipliable à merci par le nombre d’esclaves (dont la moitié de l’humanité, les femmes) qu’on a à ses pieds. Le substrat de la valeur multipliée par la sur-valeur, est la sexualité mise dans une telle position affective, sociale et sexuelle, qu’elle en devient précieuse ; et comme elle manque en tout qui s’est transformé en hiérarchie, elle devient à mesure plus précieuse qu’éloignée. D’autant plus l’angoisse entretenue par l’insatisfaction est puissante, d’autant plus on tendra à trouver au dehors de soi, dans un objet, le secours dont on a besoin pour pouvoir la supporter en la déviant dans cet objet. Ce dont cette société a peur, elle le fétichise (on nomme cela une « récupération ») pour se l’intégrer dans une forme aseptisée – désexuée ! – et le transformer en déchet, reportant son caractère émouvant sur une image dont la poésie est aussi ambigüe que des vermisseaux qui rampent sur une charogne.

Car la disposition du patriarcat pour parfaire ses œuvres est tout simplement de séparer les gens les uns des autres. Chacune des malversations que j’ai énumérée plus haut est l’ouvrage d’une personne ou d’un groupe de personne totalement séparé des autres (sinon qu’à travers l’argent) et de leur environnement : elle a faim et doit nourrir sa famille. Pour cela, tout est à faire ! L’argent est ce qui affame et c’est en même temps ce qui détruit pour affamer autrui, le rendre misérable comme soi si on ne trouve pas d’argent. Ce n’est pas la nourriture qui manque (il en est gaspillé plus d’un tiers), mais l’argent et la mesquinerie, ou l’intelligence collective qui en est le pendant négatif. Toutes ces petites mains individualisées doivent se battre pour survivre en produisant autant de déchets collatéraux.

La plus évidente marque du patriarcat et qui, pourtant, paraît évidente, c’est ce que lui-même appelle « les dommages (on ne dit pas « déchets » ou même « dégâts », ce qui est pourtant le mot qui correspond le mieux) collatéraux » : l’expression est expressive, non ? Quelque soit le but, pour l’atteindre, il faut détruire même ce qui n’a rien à voir avec ce but. La pollution est un « dommage collatéral », comme les 7% de morts tolérés en temps de paix dans les armées (alors que, notez-le bien, nous n’arrivons pas au centième de ce chiffre dans la police), et qu’on ne puisse plus manger les poissons péchés dans la Saône au niveau de Lyon (ou ailleurs, mais là-bas il y a des pancartes de mise en garde au niveau de l’île Barbe) est un dommage collatéral malheureux du déversement de la dioxine qui servait de liquide de refroidissement des transformateurs. Le « dommage collatéral » est une forme de culture de l’innocence ignorante ou inversement, de l’ignorance innocente des effets que l’on a sur le monde pour l’obtention d’un but qui n’est, dans le patriarcat, que la course démente propulsée par l’espoir de gain. Les films nous montrent l’imbécilité de la culture du « dommage collatéral » (on retrouve des épaves des films de James Bond, comme souvenir ici et là), et cela paraît évident : pour faire un film, il faut du dommage collatéral, sinon quel intérêt ? Ce qui est appelé « chômage » est un dommage collatéral du capitalisme… qui cache derrière son petit doigt le patriarcat. L’esclavage du salariat (la retenue de la plus-value sur le temps vécu par un autre à produire des objets dont il ne sera en aucun cas responsable, ni de cette création, ni de leur usage : a-t-on vu un ouvrier responsable des morts provoquées par les armes de destruction massive ou les centrales nucléaires, ou les usines Sovéso, etc., qu’il produit ? Non…) est une denrée qu’il faut mériter au plus bas prix, encore que pour les nombreux élus les plus volontaires. J’avais fait un papier, une fois, sur la « valetaille » : cette engeance de personnages qui ne valait rien, au Moyen-Âge, corvéable à merci qu’on envoyait se faire tuer pour défendre des terres qui ne leur appartenaient pas : ils se faisaient tailler pour ne rien valoir. Aujourd’hui, on ne parle plus de « valetaille », cela serait trop péjoratif et les « réseaux sociaux » s’en alarmeraient tout de suite, sans rien changer pourtant, sinon que la bourgeoisie a une morale qu’elle veut garder propre sur elle. Mais les gens qui ne veulent pas voir leur environnement pollué, défiguré, balafré, strié, fissuré, défoncé, enfoncé, éventré, violé (j’aurais pu ajouté à chaque participe passé un complément adjectival, comme lamentablement, au bulldozer, au chalut de grands fonds, au brabant à 12 socs, à la dynamite, comme une porte par la police au petit matin, comme une matraque dans un anus, à la baïonnette, de mille manières, etc.) sont systématiquement dégradés, avilis, conspués, dénigrés, défigurés, asphyxiés, matraqués, etc. car ces «actions » ne sont considérées que comme des « dommages collatéraux », des empêchements d’atteindre ce but dont la matérialité est l’espoir de gain. Ici un pipeline, là un barrage, ailleurs une déforestation, là-bas un enfouissement de déchets nucléaires et à nos pieds un EPR dont la cuve est défectueuse mais indispensable à l’économie. Une protestation est un dommage collatéral qui n’a droit qu’au mépris de cet espoir de gain qui vaut tout, arrache tout, dévaste tout, dévitalise tout.

La boulimie énergétique n’est pas un fait exceptionnel du patriarcat, c’est une de ses conséquences : on parle de l’île de Pâques et de sa déforestation, d’un peuple du Pérou et de son système d’irrigation, aujourd’hui de toute démesure dans la pêche ou dans l’élevage des animaux. Mais aussi dans ce qui est appelé « communication » : les GAFA qui bouffent une quantité effroyable d’énergie électrique pour de la capitalisation, ont envahi l’ensemble des moyens et des formes de communications de la plupart des gens, et à mesure de cet envahissement, la solitude a gagné partout, le soliloque est devenu la mesure commune de tous. On parle de la pénétration du narcissisme comme étalon de cette communication. Je suis désolé de le dire, mais on ne trouve pas plus d’informations sur l’Internet (sinon plus rapidement) que dans une bonne bibliothèque. L’Internet ne sert qu’au transport des idées… mais lesquelles ? Les miennes ? Que nenni ! La quantité d’insignifiances a noyé le principe. La pauvreté des idées tournant autour de la sexualité (elle a montré son téton, il a montré ses cuisses, quel décolleté, il s’est marié avec, elle a quitté trucmuche, etc.) est abismale et les nouvelles politiques sont en rapport, autant dans leur empreinte idiote, dans leurs conséquences que dans ses pendeloques de pantins.

Le patriarcat justifie son existence par le seul fait d’exister, et sa remise en question ne peut que soulever de l’angoisse, car il est précisément l’onguent qui calme l’angoisse qu’il génère. Ce n’est qu’à cause de la nature de cet onguent que l’on se met à douter de son opportunité, de ses moyens et de sa finalité (pour les explorateurs les plus inconscients) et il arrive qu’on sorte la tête de son eau pour apercevoir, comme au petit matin en haut d’une montagne, la vastitude et la beauté du monde. Du fait de leur angoisse sexuelle, les gens ont besoin d’être rassurés et plus ils sont nombreux à l’être autour d’une idée qu’ils ne comprennent que de très loin, et plus ils se sentiront rassurés, alors qu’ils n’ont fait que déplacer leur angoisse sur une image de rassurance. La notion de « pureté » s’attache à bien des objets et moins ils sont susceptibles d’avoir une connotation sexuelle, et plus ils sont « purs ». Pour fétichiser la pureté, on invente une Sainte-Vierge et le Christ a les mains clouées sur une croix pour ne pas qu’il se masturbe. Je n’ai bien sûr que faire que la Vierge soit vierge et le Christ tel qu’il est, ce dont je parle c’est de l’image de pureté des dieux qu’on vénère, et bien longtemps (aujourd’hui même) la pornographie ne joue que sur la notion de pureté qu’elle rejette aux enfers. L’idée commune détermine ce qui est « pur » de ce qui ne l’est pas : c’est une morale sur laquelle s’assoit l’angoisse du soliloque, c’est l’onguent qui fait fonction de lotion anti-anale.

Il n’y a pas si longtemps, la relation entre le « patriarcat » et le capitalisme était évidente : le patron était paternaliste. Le bourgeois était paternaliste. Il reste des restes dans les patrons catholiques ; et les protestants veulent conserver les mains propres : faut pas être trop sale avec le prolétariat. Bien sûr, les grèves ont vraiment souligné cette nécessité au patronat qu’il devait entretenir avec plus ou moins de décence, ce prolétariat pour qu’il continue de passer son temps à travailler ; et en ce sens les syndicats étaient de mèche quelque part avec leur employeurs : au lieu de carrément détruire le travail, ils revendiquaient une meilleure condition de ce travail, effectivement… et nous en sommes là où nous sommes, ce qui n’est pas si inconfortable, mais la bouffe laisse quand même sérieusement à désirer en qualité nutritionnelle et d’exemption de produits nocifs, et il y a toujours autant de bruit qui passe à travers les murs des clapiers à clampins. Aujourd’hui l’appât du gain est si puissant qu’il outrepasse cette relation qui lui a donné naissance en reniant tout paternalisme, sinon que comme mode de gouvernement, avec matraques et autres allocs adéquates. Mais il s’agit surtout de rendre supportable ces conditions et pour cela, les images sont d’une efficacité redoutable…

On refuse cette relation que je fais entre l’analité psychanalytique et le patriarcat, l’insatiable du manque et le patriarcat, la satisfaction impossible, boulimique et le patriarcat. C’est pourtant par là qu’il faudra commencer: le patriarcat est une maladie suffisamment grave de l’humanité, en chacun de nous, pour qu’elle se détruise, elle et son environnement duquel elle n’est plus intégrée ; cette désintégration seule est un symptôme d’inadaptation adéquate et minimale à son monde et son environnement vivant. Il ne s’agit plus de gestion de déchets, il s’agit de n’en pas produire et cela, le patriarcat est incapable de le comprendre et encore moins de le réaliser, même dans le cadre ridicule de l’espoir de gain : ce sera déshabiller Pierre pour habiller Paul de ses loques. La bombe atomique est le caca par excellence : nul ne l’a estimé de la sorte, car ce serait remettre en cause l’intelligence « humaine » alors qu’elle pourrit d’un excrément spécialement destiné à cela – pourrir le monde d’une grosse merde. La bombe atomique n’a pas eu d’autre usage : pourrir le monde, spécialement, précisément et spécifiquement. C’est le plus gros des étrons incompostables du patriarcat, à part ses petits que sont les centrales nucléaires, les usines toulousaines, et l’industrie pharmaceutique. La « drogue », comparativement, présente au moins du plaisir, et même collectif, aux personnes dont le soliloque est devenu insupportable. Et quand on parle de « drogue », on parle de celle qui ne passe pas par la case « impôts », car les autres sont cent fois plus mortifères : il meurt en milieu hospitalier 18 milles personnes l’an de l’usage des médicaments qui y sont dispensés ; à peine 350 pour toutes les drogues illicites, dont aucune pour cause d’usage de cannabis. Et de toutes ces drogues licites, moins d’une pour dix mille est compostable : ces molécules sont des déchets dès leur conception, sans qu’elles « guérissent » des maux du patriarcat. L’analité psychanalytique est un caractère dont les modalités sont connues, alors qu’on refuse de reconnaître ce qui en donne naissance. J’ai tâché d’en tenir un mot.

Le cerveau est l’outil de prédictibilité par excellence, à tel point que l’angoisse que soulève le présent est devenue une maladie sociale. Il y a certes une prédictibilité autonome, mais je parle ici de celle qui calcule, qui anticipe volontairement l’avenir. Par la création de l’outil, le cerveau démontre que nous sommes capable de voir en image ce que nous désirons en réalité et de réaliser cette image pour la matérialiser. Tous les animaux possèdent la vertu de voir en image, puisqu’ils voient le monde, mais tous ne sont pas pourvu de cette capacité de voir en image ce que l’image initiale induit ou va provoquer, le second pas de l’image. Le son ou l’odeur correspondent chez eux davantage au mouvement de l’image chez nous. Cette vertu de l’anticipation n’est pas véritablement une anticipation, mais le fruit d’un apprentissage : telle action du monde amènera à tel résultat ; aidé de mes dispositions naturelles (l’instinct), n’ayant d’autre force que de rester en vie, je réagis de telle ou telle manière mélangeant mes dispositions physiques (dont j’ai appris jeune à me servir) et ma connaissance du monde, c’est-à-dire, ce que j’en sais, ce que j’en ai appris antérieurement. Chez l’humain, il en est de même, à cette vertu près du langage qui permet de mettre sur tout des « images verbales », et donc de manipuler ces images comme s’il s’agissait de fait réels. Le rêve est l’image verbale par excellence et j’avais démontré ailleurs que le langage en est l’enfant : la mer du monde humain est le rêve où les îles sont les mots, ces « images verbales ». De plus, le moteur de la vie est le manque, c’est-à-dire l’énergie qui fait défaut et pourtant se manifeste pour changer une situation devenue déplaisante, l’ajout indispensable pour changer d’ambiance, le petit plus absent (un plus bizarre pour un manque, me diriez-vous) qui vous fait vous mouvoir pour l’enquérir, de sorte qu’il disparaisse. Ici la fonction du cerveau est de faire disparaître le manque.

Je ne vais pas discuter des notions de désir et de besoin, qu’importe car ce qui manque, je connais : que ce soit désir ou besoin, il y a un manque. Le cerveau va donc se mettre en branle pour combler ce manque : faim, soif, froid, chaud, social, affectif, amoureux, sexuel, musique, écriture, etc.

Mais cette disposition à prévoir ce qui peut se passer est une maladie lorsqu’il s’agit de gain : effectivement, tout l’organisme est mis à disposition du cerveau pour satisfaire la faim ou construire un nid, dont on n’espère pas, mais on sait que cela aura lieu ; dans le cerveau malade, cette faim de futur satisfaisant devient un espoir qui brûle le présent et la maladie s’amplifie lorsque cet espoir se charge de gérer du gain, un surplus à ce qui est déjà prévu. Je n’ai pas encore réussi à relier l’espoir de gain aux carences induites par le patriarcat, mais cela ne serait rester en l’état.

Il y a une alternative dans cette prédiction : on choisit inévitablement le pire ou le meilleur. Aujourd’hui, on choisit systématiquement (c’est une autre marque du patriarcat) le pire, évitant, par instinct de survie de ce patriarcat, de comprendre que le meilleur est la fin de ce système. On va me demander sur quel orgueil j’établis ce pire et ce meilleur : simplement au résultat qui est devant nos yeux : si le meilleur avait été plus fréquemment choisi, on en serait pas à cette fonte des glaces sur la planète entière, du nord au sud, de l’est à l’ouest (par rapport à un axe centré sur Greenwich). Mais on a choisi de résoudre un manque imaginaire (l’image d’une image) par le pire moyen qui soit : l’esclave du salariat comme moyen habituel du patriarcat de résoudre ses problèmes… par l’esclavage de la plus-value, l’espoir de gain matérialisé.

On va faire un tour sur l’organisation sociale centrée sur l’esclavage. L’esclavage consiste à soumettre la volonté d’autrui à sa botte, à sa propre volonté et la propriété est l’acte social de cette soumission. Lorsque je suis maître d’un esclave, j’en suis le propriétaire, cela ne peut pas être autrement. Et l’esclave, de son côté, doit soumettre sa volonté à celle de son propriétaire sous peine, généralement, de souffrance, mais aussi de mort. Certains préfèrent la mort à l’esclavage, mais ils sont peu nombreux, du simple fait que l’esclavage est né, comme l’œuf de la poule, avec l’esclavage, le patriarcat. Il y a une dialectique » du maître et de l’esclave, en ce sens où l’un est tributaire de l’autre tant que l’autre ne se révolte pas, refuse l’esclavage ; mais aussi, l’esclave trouve un sens à son état car il n’a rien à faire, ni à penser d’autre que ce que son maître lui demande : il est nourrit, logé, marié, il a une « famille » (la propaglande de la famille étasunienne) et ça suffit à plein de gens, on le voit bien ici-même. Les moyens de soumission changent avec les époques : au début, c’était ça ou la mort, du fait qu’on est une femme qui doit se soumettre à un homme, un chef pour le bien de tous. La première esclave a été une reine, non pas de celle du « matriarcat » qui avait un consort, mais de la naissance du patriarcat : c’est l’acte de naissance d’icelui. L’esclavage de la femme par sa soumission à une cause supérieure : le chef (et corrélativement, le passage de la vie magique – immédiatement vécue –  à la religion – différée dans un au-delà). Ensuite, et seulement ensuite, comme a été admis la première condition, et comme l’animal a d’abord servi à la traction avant d’avoir été monté, c’était un ennemi qui a été capturé à la guerre. Comme quoi, il fallait une guerre pour avoir des esclave autre qu’une femme. Le service que rend un esclave n’est pas dans ces pages vraiment essentiel, c’est le principe qui m’intéresse : l’esclavage qui a commencé d’abord par celui de la femme par l’homme parce que cet homme était devenu un chef, un « roi ». Posons-nous une question prégnante : l’histoire d’Éros et de Psyché est relativement bien connue. J’arrive donc à cet endroit où Éros et Psyché sont au lit en train de s’aimer de cœurs et de chairs : que peuvent-ils bien faire de puissamment satisfaisant que nous ne pourrions pas faire ? C’est l’exacte question inverse de ce qu’ont bien pu s’interdire de faire Adam et Ève que Dieu n’a pas toléré. Ils se sont mélangés, dans la plus parfaite égalité de force et en fonction parfaite avec leur spécificité sexuelle : Éros, l’homme et Psyché, la femme. Je parle bien d’égalité des spécificités sexuelles, c’est-à-dire qu’il y a quelque part, à un moment, un accouplement sublime des deux sexes. L’esclavage est le contraire : l’accouplement n’est en rien le rapprochement de deux êtres qui se considèrent mutuellement égaux unis en vue et volontairement d’un paroxysme sexuel. ¿Entiendes? L’esclavage est la peur réciproque que s’inflige le maître et l’esclave comme mode de vie ; bien sûr, l’esclave est plus « pardonnable » car généralement cette condition lui convient beaucoup moins. Mais je souligne que le fait d’imposer à autrui un statut hors de l’égalité des possibles, implique incidemment l’esclavage. Si la femme est « donnée » au roi en vertu de la puissance de ce dernier sur autrui, c’est qu’autrui est déjà, de force ou de consentement (dont on peut discuter) réduit à penser MOINS que le roi. Le malheur de Psyché a été sa curiosité, comme chez Ève : elle a voulu SAVOIR.

On peut d’ailleurs se demander qui a le plus faim de savoir, dans cette affaire de recherche du savoir : Ève ou Adam ? C’est Ève, car c’est elle qui a, de sa propre initiative, décidé d’aller vers l’arbre de la Connaissance, qui en a cueilli de son propre chef le fruit qui est source de jouissance, et qui a sollicité en partage Adam d’y goûter. Elle a été guidée par le serpent ? Mais ce serpent, cessons les enfantillages, c’est le sexe masculin ! Il s’agissait de réprimander le plaisir issu du rapprochement sexuel et de justifier l’absurdité de cette réprimande par un haut fait : Dieu ! Cette Connaissance correspondait donc au plaisir sexuel, bien évidemment. Quand ce plaisir est une initiative de la femme, il devient rédhibitoire, car je l’ai démontré ailleurs, le plaisir de la femme hors du mariage n’est pas source de procréation : il n’est que du plaisir. Dieu n’a pas du tout été content qu’on sache à quoi servent dans leur sublimité – le plaisir du mélange sexuel et l’orgasme –, les sexes différents dont il nous a doté, et il a alors condamné, puisqu’on avait plus besoin de lui comme source de cette connaissance, mais de notre seule expérience, le sexe féminin à la souffrance par cette interdiction d’y accéder ; et corrélativement, le plus atterré dans l’affaire, c’est l’homme puisqu’il a tout perdu : la femme, l’orgasme pair, la connaissance… et il est devenu technologique : le soliloque de la mécanique et a dû se mettre au travail. Cette condamnation est celle du patriarcat. D’autre part, aujourd’hui la femme moderne a accès au savoir, c’est indéniable, et elle y est si à l’aise qu’elle est la meilleure, en bien des domaines. Mais il faut souligner que ce savoir auquel elle a accès et qu’elle comprend si bien, est un savoir patriarcal, établi sur des bases patriarcales et destiné à perpétuer le patriarcat. Les femmes riches ne le sont que dans le cadre du patriarcat et n’apporte pas grand chose à l’humanité, en tant que redécouverte du plaisir de vivre en usant aussi librement de la sexuation (à la manière de ce Bill Gates qui crée des toilettes mécaniques au prix d’une année d’argent d’une personne dans un pays « pauvre », alors qu’un simple chiotte à compost résout totalement et pour un coût ridicule, le problème des déchets organiques pour sortir de la merde).

Le patriarcat n’aime pas que la femme sache, on le sait, et une conquête toute ressente a été l’éducation des filles qui n’a pas encore inondé le globe du fait des réticences du patriarcat. Moi-même j’ai souffert de ne pas pouvoir savoir, car on me l’interdisait… et je suis un homme. J’ai vu pleurer devant moi un garçon auquel je donnais une réponse à toutes ses questions et dont je soulageais la tension par une seule caresse sur la tête, car nul ne s’était préoccupé de la pertinence de ses questions et moins encore de la tension affective qu’elles contenaient en tant que relation profonde à autrui : autrui est l’ouverture au monde et à sa vastitude. La pérennité de l’instauration du roi à la place de la reine, n’a été possible que par la restriction drastique de la pensée, du désir de savoir, restriction imposée par le roi. La liberté de la femme a été la première immolation à son dieu du patriarcat. L’enfant, bien évidemment, a suivi. Pour cela, il a fallu des sbires au roi, je veux dire de la violence dans le dessein de soumettre sa volonté à autrui. Comme je l’ai dit plus haut, les moyens de cette coercition ont évolué, ont changé avec les époques et la modernisation technologique : sous une même idéologie ou justification moraliste, on ne s’y prend pas de la même manière avec un fusil qu’avec un arc, on ne torturait pas de la même manière sous Tibère, sous l’Inquisition qu’on torture à Guantanamo. Il y a à peine 70 ans que le transistor a été inventé, et on est inondé par la bureaucratie silicium. Le sbire est précisément la personne qui refuse de penser par soi-même et obéit aux autres, aux pensées d’une autre personne ; et le sbire se sent d’autant plus conforté dans sa position d’idiot (absence de pensée) qu’il y est le moins seul : l’armée, la police, la bureaucratie : toute une organisation sociale patriarcale. La peur de penser, ou plus précisément de ses conséquences, c’est-à-dire de devoir choisir entre ceci et cela de meilleur et non pas de moins pire, est instillée par les coups ou bien par l’hypocrisie : la place à laquelle cette peur vous donne accès est plus confortable que celle où on devrait l’assumer, même avec d’autres, en en restant responsable, en sachant. Au lieu de l’ignorer, il a pris la mise en concurrence pour de l’argent comptant. On demande à un chef de vous décharger de cette peur contre de l’obéissance et vous serait-il demandé d’occire autrui, que vous n’en craindriez rien, car vous êtes déjà mort par ce refus de l’assumer. Se couper de sa peur, c’est se couper de l’empathie, de la sensation de sentir en dehors de soi, car on n’admet pas ressentir ce que l’on sent de soi… et comme il s’agit toujours de « pureté », c’est sexuel : la peur du contentement sexué acquise par les coups reçus signifiant son impossibilité, même intellectuelle. On demandera par la force à la femme de ne pas se demander si elle peut ou doit avoir de satisfaction sexuée dans sa relation à son roi social. Elle ne peut et doit se contenter de ce qu’on lui donne, comme fait moral. Je suis heureux que des Afghanes demandent aujourd’hui qu’on les nomme par leur propre nom et non pas par celui de leur « mari » (maroi ?). La mesquinerie du patriarcat est incommensurablement affective, c’est une petite couille autorisant qu’on « utilise une force fondamentale de l’univers, la force dont le soleil tire sa puissance » pour détruire ce monde que le soleil éclaire de « sa puissance ». Il faut plutôt admette que la faim sexuelle dont on ne contraint l’expression que de manière résiduelle, résonne dans la faim de savoir comme satisfaction de sa propre relation au monde, et plus pour le construire sans le détruire, que de le détruire pour le construire en plus débilitant. Aujourd’hui, je ne vois que la vie déformée par l’abstinence de la satisfaction sexuelle dans les formes des gens, leur démarches et leur façon de se vêtir, de manger, dans la succession de leurs idées et leurs idées même, dans leurs préoccupations « sexuelles » dissimulées derrière une morale absconse, dans ce qu’ils appellent pudiquement « leurs fantasmes » qui ne sont que des idées biscornues car ambivalentes, dont le reflet est publicitaire, cette sorte de poésie spéciale du fétichisme de la marchandise qui dévoile l’inconscience de leur inconscient.

Il est vrai que je pose une impasse en décrivant cette société comme anale, patriarcale, car on ne voit pas d’issue, sachant qu’il s’agit d’une culture sociale générale de l’aliénation omniprésente et omnipotente. Pourtant, tout contient son contraire. La Bible, outre qu’elle attribue le malheur du monde à Ève, nous ordonne aussi de transformer tout en travail, même la sueur de son front : on trouvera donc à ne plus du tout tout transformer en travail. Le salariat est la forme moderne (on en est à l’auto-salariat aujourd’hui) de faire admettre le travail comme allant de soi : on trouvera donc à cesser de le développer. L’analité s’apprend par la retenue et l’implication de cette retenue est la morale de la retenue. Il faudra passer par des comportements expérimentaux (qui consisteront, je pense, dans la recherche de l’équilibre de l’égalisation ou l’équivalence des faims sexuelles femelles et mâles) infailliblement contractés sur l’impossibilité de provoquer de la souffrance à autrui et de protéger l’enfance des adultes moralement atteint par la patriarcat, par la retenue, l’absence de générosité et d’amitié. La maltraitance à l’enfance, en commençant par la sexuelle physique et psychique avec les mutilations et les interdictions de la masturbation infantile, doit cesser et la discussion, l’explication et le consensus doivent primer sur tout : on doit abonder le temps à bavarder, et non pas à le tuer. La dispute est nécessaire. Si on est agacé, on passe le relais à quelqu’un d’autre : l’enfance est le présent du futur, pas celui des parents. Toute production doit devenir compostable, je veux dire qu’elle ne laisse aucun déchet, aucune analité qui ne disparaisse en un temps très court (trois mois au maximum) dans le monde : c’est possible, ça l’était depuis le début. Il s’agit certes de comprendre le caractère anal et la cuirasse du patriarcat, mais qu’on sache que cette compréhension amène immanquablement à sa disparition. Les comportements expérimentaux chercheront à rééquilibrer les faims sexuelles et provoqueront un lupanar où la seule interdiction (bis repetita) sera d’infliger la moindre souffrance à autrui, physique ou psychique : en aucun cas, l’usage du vin ne pourra être un prétexte à justifier la violence et il faudra beaucoup de persuasion et de pédagogie pour faire comprendre l’inutilité d’une violence dans un comportement. Il sera aussi interdit de chercher à savoir ce qu’autrui fait de sa propre sexualité en dehors de vous. Toutes ces restrictions anti-patriarcales qui se rapportent à autrui avec lequel ou laquelle on ne peut que trouver une collaboration à ce projet, ne tiendront que dans l’assurance que le patriarcat est reconnu comme une souffrance immensément supérieure restée jusqu’alors sans reconnaissance, comme un cal isolant la peau mise à rude épreuve disparait quand cet usage qu’on lui imposait disparait. Sade doit disparaître des esprits, comme Staline et autres dictapueurs. Il faut défricher et cultiver l’amitié, l’égalité entre les amis, la mettre en permaculture dans tous les champs des possibles pour qu’elle y retrouve sa prolificité intelligente et chaleureuse.

Chaque jour que je passe de ma vie, je le soustrais de la pérennité du patriarcat

À An’Vick

Le capitalisme cache derrière son petit doigt le patriarcat. Le patriarcat c’est la mise en esclavage de la femme. Cette mise en esclavage induit toutes les violences possibles, non pas d’un genre sexuel contre un autre qui est comme un détail, mais du racisme et du matchisme.

Le patriarcat est la culture générale de notre société. Ses formes ont évolué depuis sa naissance, mais l’esclavage est le princeps de sa morale, et il a commencé par la femme, par faire violence à la femme. La Bible en donne un mot en évoquant Ève, et on retrouve tout autant cette violence dans la circoncision d’Isaac, par exemple. Mais je rencontre aussi le patriarcat dans les légendes mésopotamiennes et égyptiennes anciennes.

Le patriarcat agit depuis environ 8 à 10 mille ans ; il est le fruit plus ou moins tardif du néolithique. J’ai pensé que la découverte de la relation entre le coït et la reproduction de l’espèce (que l’on date de 7 à 9 mille ans) était une conséquence indirecte de l’élevage. Auparavant, il n’était chassé que les mâles, pour la bonne raison que si on tuait les femelles, il n’y avait plus rien à manger l’année d’après. Une ou deux fois, pourtant, il a fallu goûter à la chair des femelles et on l’a trouvée plus douce. Quelques temps ont suffit pour que l’on castrât les mâles (ce qui les différencie des femelles est précisément les bourses) pour les rendre « femelles », et on constata que le goût était effectivement plus doux. On remarqua alors qu’en ne laissant aucun mâle « entier » dans l’enclos, les femelles ne mettaient pas bas. On comprit que le mâle « entier » était indispensable à la reproduction. Par déduction, on a comprit la « puissance du mâle » comme indispensable, nécessaire et impérieuse dans cette reproduction de l’espèce et, allez-vous en savoir pourquoi, cet idiot a pris la préséance sur le coït, en affirmant que c’est à cause de lui que l’espèce se reproduit et que la femelle n’est qu’un récipient, un vase ou que ne sais-je encore, destinée à recevoir la semence et la faire croitre. Le patriarcat est né : le mâle, alors compagnon dont l’utilité ne consistait qu’en une présence agréable, puisque le caractère fertilisant du sperme était alors inconnu, devint la brute du village : celui qui porte le pouvoir de reproduire.

Robert Grave a supposé qu’il ne s’agissait que d’une transmission insidieuse de pouvoirs magiques détenus socialement par la femme vers l’homme qui en a pris le déguisement. Il y a certainement de cela, mais c’est surtout une histoire sexuelle, en ce sens où le pouvoir de l’homme (dépourvu de celui d’avoir une raison biologique, sinon que de plaisir dans le couple) était de l’épaisseur d’une peau de couille, si je puis dire, trouvait enfin une « raison », une explication à son existence : la reproduction dont il était un élément indispensable, c’est-à-dire, définitif. Le pouvoir de reproduction de la femelle s’en trouvât alors fort chagrin, car elle ne devenait plus qu’un objet de cette reproduction, un élément accessoire. Que ce soit par la transmission de ses pouvoirs magiques ou par l’émergence d’un « pouvoir » masculin sur la pérennité de l’existence humaine, le résultat est là et sans aucun doute complémentaire. Le mâle s’est alors accaparé de tout, et des pouvoirs de la femme (même s’ils étaient dérisoires face à la réalité, ils correspondaient à une position sociale !) et des bribes qu’il détenait alors pour les amplifier démesurément et en faire un statut : le patriarcat. On voit donc, par cette simple explication que la reconquête de la femme d’un statut social égal est d’ordre sexuel, une position sexuelle de la femme, non plus comme dépendante de l’homme (qui détient ici et maintenant la plus grande majorité des pouvoirs : sexuels, sociaux, affectifs, commerciaux, pollueurs, dévastateurs, etc.) qui, loin d’être séparée de l’homme ou même d’en être la complémentarité, puisse en afficher LIBREMENT l’expression. Bien sûr, cela ne va pas se passer comme d’un claquement de doigt, il va falloir du temps, mais cela peut se faire en deux générations, le temps qu’il a fallu à Moïse pour que l’ancien état d’esclavage de son peuple soit oublié dans les pérégrinations d’un désert.

Ainsi, dans le contexte patriarcal, le nôtre, la seule manière dont la femme aujourd’hui  peut socialement exprimer sa légitime faim sexuelle, qui correspond à celle de sa rencontre avec l’homme, est, même fictive, la prostitution ; autrement dit, le patriarcat n’envisage la sexualité féminine que de manière dégradée. Lorsqu’on visionne des films qui sont essentiellement peuplés d’actions d’hommes (bruyant, désastreux, catastrophiques, pollueurs, avilissants, etc.), la femme fait toujours figure de filtre dans un bar ou autre bordel, qui n’est, réellement, que la seule manière dont le patriarcat lui permet de pouvoir profiter de SA faim sexuelle et selon les préceptes de l’homme, les manières brutales de l’homme. La sexualité de la femme dans le patriarcat est une sexualité qu’il dégrade pour la rendre à sa botte. L’homme ne s’exprime que par le pouvoir, le pouvoir sur quelque chose, je veux dire sur les êtres qu’il a réduit à l’état de choses, d’objets : un soldat, une femme, un fusil, le bouton d’une catastrophe ; et la femme est sans fin accessoire, à la limite de la rédemptrice ou de l’excitatrice du mal du mâle et dans ce dernier cas, elle n’a droit qu’à la mort. Le partage de l’excitation de la vie à des fins de plaisir n’existe pas dans le patriarcat.

Le patriarcat adule la violence musculaire (dont l’arme est le prolongement) et manifeste cette base structurale comme fondement des relations sociales, intellectuelles et amoureuses. Pour le patriarcat, la violence masculine est la seule expression sociale et affective possible et cela se détecte à tous les niveaux de nos relations, absolument tous.

Le problème actuel est la violence masculine envers la femme et son expressivité sexuelle spécifique : l’homme a peur de la femme, une peur viscérale, scrotomique : le péristaltisme de ses bourses n’est plus perçu que comme violence sous l’emprise d’une violence. C’est l’ERREUR, car l’homme ne s’exprime plus que par cette violence, sinon il est autrement mort, socialement, c’est-à-dire au regard des autres. C’est l’erreur de Dieu ! car la violence devient le pouvoir exclusif.

L’esprit « nazillon » est tout simplement de s’en prendre à tout ce qui n’est pas eux et qu’ils refusent d’admettre : « noir », « femme », « gay », « libre », « communiste », etc. Et comme ce sont des gourdins, ils ne savent que sodomiser tout en refusant ceci qui leur parait abject : ils sont pris dans un piège où le besoin de satisfaction sexuel ne peut plus s’exprimer que par ce qu’ils abhorrent et ne s’y adonnent plus que par la torture qui les torture, sur autrui. On retrouve cette structure chez tous les dictateurs et surtout chez tous leurs sbires qui sont leur fondement social. La femme a un vagin dont on ne peut se résoudre qu’à s’y perdre, aussi le réduit-on à la procréation pour l’oublier. Reste alors l’anus dont on sait qu’il est la retenue de tout dont les riches ont le fondement pour soustraire aux autres (le salaire est le résultat de la retenue de la plus-value ; la prison n’est-elle pas la pire des retenue ?), ce dont ces riches n’ont pas expressément besoin et réduisent tout en argent, l’affectivité comme la sexualité comme la socialité. Ils cultivent l’art de la diversion à l’intention des masses, car ils ne peuvent faire autrement à leur propre égard quant à leur pauvreté humaine. C’est le patriarcat.

La culture du patriarcat se cache derrière celle du héros qui ne finalise que l’incapacité du peuple à résoudre collectivement ses problèmes. Elle exsude de toutes les œuvres de ce monde, absolument toutes. Toutes convergent vers ce point central qu’il n’est pas possible de jouir de la vie sans violence sur autrui et que la vie est un impondérable déchet dont le monde, notre planète, bien que caché derrière des images chatoyantes aux fausses couleurs, est devenu la poubelle la plus moche.

J’admets que mon emploi de l’enfantillage est une provocation et cette provocation un enfantillage. Je remarque qu’on me reproche ce qui est pourtant un comportement des plus courants. L’analité est un enfantillage, c’est un stade de découverte de la vie, normalement assez bref, où cette société oblige à stagner, interdisant toute autre conquête de la vie, l’accès à la maturité sexuelle, ce que les psychanalystes vraiment branchés sur la maladie psychoaffective dans son questionnement biologique du début du XXe siècle appelaient alors pudiquement (pour rester dans les clous du judéo-christianisme régnant) : la génitalité, bien que ce terme inclus implicitement la reproduction.

Il y a déjà plusieurs années que j’ai découvert ce grand gag de l’histoire humaine, le grand gag du patriarcat : la confusion, dans le rapprochement sexuel, du plaisir d’avec la reproduction de l’espèce ; le gag le moins désopilant qui puisse exister. Il n’y a jamais eu, chez l’humain (encore que cela soit aussi remarquable chez tous les primates à partir des lémuriens dont la sexualité s’est séparée du rut, d’une saisonnalité) sinon que pour le patriarcat, de confusion dans le rapprochement sexué entre le plaisir et la reproduction, jamais : s’il y a un jour conjonction, c’est d’abord pour le plaisir, pas pour la reproduction. Cela, chacun le sait, mais hésite à le formuler, de sorte que cela oriente aussi ses réticences à pratiquer à perte ce rapprochement sexué. J’ai même traduit l’unique livre qui manquait à la langue française pour démontrer qu’il n’y a, lorsque la sexualité de la femme est LIBRE, aucune relation de cause à effet entre le coït et la reproduction de l’espèce (d’après les observations de Bronislav Malinowski chez un peuple où de telles conditions existaient – et je l’ai trouvé aussi ailleurs !) : le coït sert essentiellement au plaisir et rien d’autre. Le patriarcat n’est pas du tout d’accord avec cela, le montre et l’accentue dans sa répression dite « sexuelle »… ce qui implique beaucoup de malheurs.

Lorsque je dis que le patriarcat commence par l’esclavage de la femme (duquel découle toutes les autres malversations sur autrui), c’est que le patriarcat n’aime pas la femme libre, je veux dire dont la sexualité s’exprime selon ses goûts à elle, et non pas selon ses goûts à lui. Ainsi, l’esclavage de la femme par le patriarcat commence-t-il par celui de la sexualité de la femme auquel il impose l’objet de la reproduction, quitte à user de la sodomie de temps à autre. Du fait qu’il est en contradiction avec sa propre nature qui est d’amour pour la femme, je veux dire la perte de soi dans son amour pour elle, cette contradiction ne peut s’exprimer que par la violence, sinon elle se désagrège dans la douceur, ce qui va à l’encontre de son précepte : dominer, je veux dire « écraser autrui » de sa volonté de chef, le moyen n’étant finalement qu’une expressivité culturelle singulière de ce marasme affectif.

L’erreur princeps du mâle patriarcal est la violence à l’égard de l’objet aimé. Bon, bien sûr, je résume, mais la femme arrive toujours à recevoir la tarte qui frappe, pour une raison sociale, alors qu’il ne s’agit que de l’insatisfaction de l’expression de la maturité sexuelle inaccomplie, inassouvie. Dans le patriarcat, le mâle ne peut ressentir d’assouvissement sous peine de perdre son pouvoir de mâle. Il est plus qu’indispensable (ce dont on ne peut pas se dispenser de penser), nécessaire de ne pas être assouvi sous peine de perdre, de lâcher, sa retenue, cette retenue qui fait votre pouvoir, qu’importe le moyen : l’argent étant un pivot éminent. J’ai remarqué que, que ce soit dans la prostitution où les femmes sont véritablement maltraitées, dans le royaume de la « drogue », de la musique ou du plus petit ménage, il s’agit d’abord et essentiellement de maitriser la femme, de l’avoir en son pouvoir, etc. sans penser un instant que cette femme ne peut qu’utiliser aux fins qu’on lui laisse de plaisir, ces espaces restrictifs, dont elle doit et ne peut que trouver son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de cette vie sombre et pleine de poisons.

J’ai été amusé d’entendre qu’une société de babouins dont les mâles « alfa » avaient été décimés par une maladie, avait adopté un comportement totalement opposé du fait de l’absence d’agressivité, donnant en conclusion et durablement, une société pacifique et pacifiste. Chez l’humain, le problème est que l’agressivité désensibilise la vulve et ferme le vagin des femmes : leur désir d’accueil est réduit à la peur. En gros, on pourrait dire que le mâle est pour donner et que la femme reçoit – cela étant dans un schéma de plaisir orgastique, off course, de satisfaction mutuelle, encore que bien souvent peu identique. La difficulté que nous laisse le patriarcat de pouvoir (de loin, car j’aime la liberté qui ne peut être restrictive) préciser la relation mature de l’homme (le problème c’est lui) et de la femme, réside dans l’imprécision qu’on pourrait donner à une satisfaction obtenue en dehors de ses préceptes : par pudeur, je ne puis que rester dans le vague, car ce qui ne me regarde pas, je ne puis le regarder. M’enfin, je parle bien de satisfaction mutuelle, c’est là le centre de mon propos en pensant que ce serait aussi là la désagrégation de ce satané patriarcat. Mais peut-être présomptué-je de mes rêves ?

La culture que le patriarcat affectionne de nous montrer est celle du mâle l’emportant sur des machines. Ces machines sont pourtant le fruit du patriarcat : l’humanité a existé avant le patriarcat et ses déterminations objectales, jusque l’araire. Le moteur à explosion tout récent, généralement à quatre temps, figure l’omniprésence de sa domination sur l’espace sonore et le temps vécu. On retrouve dans la bagnole l’expression de sa puissance musculaire qui ne demande qu’à se développer, jouant des brillances, des reflets, de l’étroitesse du bassin, du bruit vrombissant et résonnant du pet. La femme, selon l’espace laissé, est alors adorante : il peut. Mais que peut-il ? Tout est en substance sous-entendu, laissé à l’imaginaire du spectateur qui lui, en désirerait autant qu’il n’en peut pas et en voudrait pourtant être. La partie est d’image, celle de la domination d’autrui qui vous en donne pour ce que vous êtes loin d’en être, ne serait-ce que sur votre fiche de paye, ou la capacité que vous détenez de jouir à votre aise du temps qu’il vous est donné à vivre, hors d’un syndicat. Être doux, attentif, affectueux, est de l’ordre du rêve marital qui induit la reproduction de l’espèce : tout est faussé par cette tare patriarcale. On ne se rapproche sexuellement que pour avoir du plaisir l’un de l’autre, ne serait que fugacessement. Le véritable problème de la violence masculine ne laisse aucune ouverture : il est indispensable que l’homme cesse d’être un gourdin qui se la veut dans la violence : la vie ne se couche pas comme un torrent, mais comme une eau qui coule selon les rochers qu’elle rencontre. La violence masculine comme fait mâle, doit se résorber dans l’attention, ne serait-ce que conviviale, mais surtout commune avec le ressenti qu’on éprouve pour sa compagne. En fait, le mâle est la force de l’adaptation qui mène au plaisir. Qu’il se le tienne pour dit et s’y tienne.